Obéissance ecclésiale comme engagement et protestation

L’intention la plus profonde de Karl Rahner ayant toujours été celle d’être un théologien au service de son Église et des hommes, divers conflits sont nés autour de sa théologie, avant et après le Concile Vatican II. Si, dans un premier temps, il a cherché prioritairement à renforcer la position du croyant individuel et la liberté de la parole et de la théologie, il a tenté, après le Concile, de défendre cette première mise en œuvre de l’Église universelle comme le « début d’un début ». À côté du débat autour du « chrétien anonyme », il faut signaler surtout son engagement en faveur d’une nouvelle place des femmes au sein de l’Église. Alors qu’avant le Concile, Rahner était partiellement contesté, mais reconnu, certains, après le Concile, ont mis en doute son orthodoxie objective, signe du changement radical de la théologie et de l’Église à cette époque.

Karl Rahner : ses sources et lieux théologiques

En partant des différentes phases d’après lesquelles les Œuvres complètes répartissent les travaux de Rahner, l’on peut identifier divers lieux et diverses sources théologiques qui ont joué un rôle décisif dans ses prises de conscience et dans la formation de son jugement théologique. Il s’agit plus particulièrement de la spiritualité ignatienne, de la théologie patristique, de la théologie de l’école néoscolastique, de la problématique de la philosophie moderne de Descartes et de Kant à Heidegger, et enfin de la situation sociale de la foi et de l’Église comme lieu de « pastoralité ». Le cœur de l’option fondamentale de Rahner, centrée autour de la théologie de la grâce, peut être situé dans la reformulation du thème traditionnel de l’analysis fidei.

La réception de l’œuvre de Karl Rahner

La théologie de Karl Rahner s’inscrit dans la tradition de la théologie catholique de l’école jésuite classique, mais cherche à l’élargir et à l’actualiser en démultipliant les sources auxquelles il puise et en entrant en dialogue avec la pensée contemporaine. La réception de la théologie ainsi mise en œuvre débute dans le cadre universitaire, pour prendre ensuite de l’ampleur dans le débat théologique grâce à des publications pertinentes et s’imposer à une échelle plus large au travers de réseaux théologiques (ordres religieux, groupes de travail), de projets au niveau de l’organisation scientifique (lexiques, manuels), mais aussi d’écrits spirituels. L’événement majeur du concile Vatican II la fait connaître sur le plan international. L’importance de sa théologie se révèle également au travers de la recherche internationale sur son œuvre.

Apocalypse et livres sapientiaux

La fièvre apocalyptique est un phénomène récurrent qui se présente comme une crise à  la fois sociale et symbolique qui subvertit l’articulation spatio-temporelle constitutive d’un monde. C’est l’amplification imaginaire, quasi panique, de maux collectifs face auxquels l’espérance paraît en défaut. L’Apocalypse biblique a longtemps alimenté cet imaginaire. Or, dans le catastrophisme contemporain, né d’une angoisse écologique anticipant le pire, l’apocalyptique s’est sécularisé : la Nature (re)devient une figure mythique ; elle se vengerait d’avoir été abusée. Face à cette sorte de pathos collectif, quelle sagesse, quelle retenue sont–elles possibles ? Il se trouve que, dans le corpus biblique, l’opposition de deux types de temporalité – sous le signe de la fin des temps et sous celui d’une certaine continuité – a donné lieu à un travail symbolique intense dont on peut dire, en assumant le risque de toute interprétation, qu’il vise à limiter chacun de ces types par l’autre, donc à conjuguer « poétiquement » désespoir et confiance raisonnée, sinon dans le monde, du moins dans un « monde possible ».

Salut et technique

Vaincre la mort par des moyens techniques : telle est la perspective qui unit les diverses aspirations du mouvement transhumaniste, pointe avancée de la technoscience contemporaine. Comment une croyance religieuse a-t-elle pu ainsi se transformer en programme scientifique ? Pour répondre à cette question, l’article examine le rapport entre apocalyptique et sagesse et plus largement entre langage mythopoïétique et langage rationnel, en interrogeant notamment Paul et la Sagesse de Salomon.

La réception de la sagesse dans la sophiologie russe

La Sophia n’a jamais été pleinement et correctement reçue dans la pensée orthodoxe. Après l’exploration brève de son développement du point de vue de la relation Dieu-monde, à travers la pensée des grandes figures de la philosophie religieuse russe, à savoir Soloviev, Florensky et le plus influents parmi eux, Boulgakov, et une évaluation critique de sa réception historique au XXe siècle par la théologie chrétienne (orthodoxe incluse), l’article propose une discussion préliminaire sur sa pertinence possible dans le dialogue à mener entre l’Église et la modernité.

La sagesse comme instance d’accomplissement dans la théologie biblique de Paul Beauchamp

Le projet de théologie biblique de Paul Beauchamp accorde une place centrale à la sagesse. L’article présente les voies par lesquelles la sagesse rend compte, dans l’œuvre de Beauchamp, du mouvement d’accomplissement des Écritures. Quatre directions sont explorées : la sagesse respectivement comme connaissance de l’origine et de la condition de créature, travail de la parole et matrice d’écriture, rapport d’Israël aux Nations entre particularisme et universalisme, figure biblique du Dieu un et trine.

La contemporéanité entre sagesse et apocalyptique

En suivant l’ordre chronologique, la présentation des livres sapientiaux de la Bible traverse les époques perse (Job et Proverbes), grecque (Qohélet et Ben Sira) et romaine (Sagesse de Salomon), et termine par la personne de Jésus. À chacune de ces étapes, la confrontation avec le courant apocalyptique permet d’insister sur ce qui oppose les sages à l’apocalyptique.

Le temps de l’existence et le sens de l’histoire dans l’Apocalypse de Jean

Le livre de l’Apocalypse est l’un des très grands textes de l’humanité. Par le relais d’utopistes mais surtout d’artistes, aux moments de graves crises sociales, sa voix n’a cessé de retentir dans l’histoire. Adoptant le langage du mythe, apte à traverser siècles et cultures, elle énonce un diagnostic profond des maux structurels de l’homme et de l’humanité, l’existence n’étant qu’une succession de séquences de survie. D’où l’annonce des conditions mêmes de la vie, et l’offre à chacun des humains de l’infaillible espoir de l’avènement de celle-ci. Voilà ce que « révèle » ce fascinant écrit à l’optimisme paradoxal : en grec, apokalupsis, « révélation ».

L’apocalypse sans la promesse

Après avoir vécu dans un monde porté par l’idée de progrès, promettant des « royaumes sans apocalypse », l’humanité pronostique aujourd’hui rationnellement sa propre perte, et envisage un monde sans hommes, une « apocalypse sans Royaume ». Dans ces conditions, la continuité du temps, qui garantissait la possibilité de consolation, est brisée. Au fil conducteur des visions du monde générées par l’anthropocène et la collapsologie, on voit que les espérances humaines ne semblent plus être ouvertes à un dénouement collectif. Si les apocalypses-révélations se souciaient de rendre le monde plus juste et accueillant, chaque individu est désormais renvoyé à sa solitude avec pour ultime perspective une transcendance inhabitée.