Un « grand récit » est-il requis ?

En théologie et pour le christianisme, il est requis d’élaborer et de proposer un « grand récit ». Ce sera celui de la prise en charge de motifs anthropologiques et sociaux, et il prendra la forme d’un contre-récit. Il aura coupé avec une focalisation sur une origine et des affirmations dont on suivrait les effets. En contraste, il aura conduit un double travail, sur la tradition chrétienne et sur le socioculturel présent, assumant que la tradition chrétienne est de fait et de droit toujours acculturée.

Déconstruire la symbolique des sexes ?

Les travaux de l’anthropologie sociale font apparaître le fait de la symbolique des sexes – et la hiérarchie qu’il implique entre masculin et féminin – comme un invariant des cultures humaines, dont il s’agit de montrer le caractère historiquement et socialement construit. Nous nous intéressons ici à la façon dont la théologie peut recevoir les analyses de cette discipline, qui n’a pas hésité à appliquer cette lecture à la symbolique portée par le discours chrétien. Ce faisant, nous montrerons que les enjeux dépassent la seule question de la place des hommes et de femmes dans l’Église mais relèvent de la théologie fondamentale : existe-t-il une violence symbolique du discours chrétien et si oui, où la situer ? Quel statut accorder à la symbolique portée par les textes issus de la révélation ? Peut-on légitimement reconnaître une inscription symbolique dans les réalités créées ?

Interpréter l’humain – l’imago Dei à l’heure du numérique

Les programmes d’intelligence artificielle s’avèrent de plus en plus compétents à assumer des tâches considérées jusqu’alors comme spécifiquement humaines, telles la génération du langage et de l’art, ou la reconnaissance d’image, et sont en marche vers un niveau d’intelligence équivalant au nôtre ou le dépassant même. D’un point de vue théologique, il est à craindre que de tels développements pourraient invalider l’intuition de la spécificité humaine, impliquée dans la doctrine de l’imago Dei, et nous rendre peu remarquables et peut-être même remplaçables. Dans le présent article, je soutiens que ces inquiétudes sont injustifiées. Les évolutions technologiques représentent en réalité une opportunité d’enrichir et de ré-articuler notre anthropologie théologique en renvoyant aux vrais marqueurs de la spécificité humaine : non pas à la rationalité et à la capacité de résoudre des problèmes, mais à la relationnalité et à la vulnérabilité authentiquement personnelles. Pour une théologie de l’imago Dei, cela signifie prendre ses distances par rapport à des modèles plus anciens axés sur

Intelligence artificielle et transhumanisme : vers une redéfinition de l’humain ?

Le transhumanisme est une contestation de la conception classique de l’humain, puisqu’il fait de celui-ci un être de technique et sans essence propre, donc potentiellement sans limites. C’est dans ce cadre d’une redéfinition de l’humain que la question de l’intelligence artificielle doit être posée, ce que nous faisons en en présentant les principaux enjeux. Les progrès des programmes informatiques conduiront-ils à une intelligence artificielle générale et forte supérieure à l’intelligence humaine ? Et si oui, celle-ci sera-t-elle bénéfique ou dangereuse ? Sera-t-elle pour l’humanité comme un nouveau Dieu ?

Une anthropologie des relations

La conversion écologique à laquelle nous invite l’encyclique Laudato si’ constitue un véritable changement de paradigme qui place la relation au cœur de l’existence : une invitation à concevoir la relation non pas comme un moyen pour vivre, mais comme la vie elle-même. Ce changement suppose une « dés-instrumentalisation » et une « endogénéisation » de la relation. Cette démarche sera esquissée à l’aide de trois approches qui seront mises en dialogue : celle sous-jacente dans la conversion écologique, celle associée à la valeur économique, et celle véhiculée par la mésologie. En guise de conclusion, l’expérience pratique du label Église verte servira pour illustrer une démarche de conversion écologique fondée dans la dimension relationnelle de la vie.

Soin, santé et guérison : des expressions modernes du salut ?

Entre l’englobant du discours salutaire propre aux traditions religieuses qui portent une espérance par une disponibilité ouverte au temps, et l’englobant du discours sanitaire qui a désenchanté les espérances en parlant d’espérance de vie, faut-il choisir ? Le conflit des interprétations qui les oppose tend à réduire les enjeux de santé à des questions techniques et positives, confondant un matérialisme de méthode avec un matérialisme philosophique. De l’autre, il fait des enjeux de salut des questions éthérées, comme si elles ne pouvaient être sources de savoirs. Penser et panser ensemble santé et salut, au plus près de l’existence humaine dans les limites que lui impose l’épreuve de sa vulnérabilité, n’invitent-ils pas à résister à vouloir trop vite donner du sens, ou à résorber dans une perspective téléologique, l’épreuve du malheur qu’engendre le mal subi, invitant à habiter ce trouble ?

Par sa mort, il a vaincu la mort

La lecture de l’évangile de Marc et de celui de Matthieu, qui pourrait être complétée par ceux de Luc et Jean, impose une claire distinction entre les causes de l’assassinat de Jésus et la raison pour laquelle Jésus a décidé et accepté de faire don de sa vie comme aboutissement de son existence. L’événement de Pâques fait apparaître la dimension transcendante et la signification universelle de cette mort comme victoire sur la mort, et le Nouveau Testament propose une diversité d’interprétations pour en comprendre le sens révélateur de vie et libérateur.

Le Dieu des vivants

La quête de salut peut être configurée autour de trois axes : la vie est-elle réductible au biologique ou peut-on lui donner sens à partir d’une transcendance ? l’histoire n’est-elle que violence et chaos ou peut-on la lire selon un régime d’espérance ? entre devenir et altérité, comment le sujet peut-il comprendre sa propre identité ? L’article examine l’universalité de ces questions, la diversité des réponses apportées et la manière dont elles sont traitées par le christianisme.

De la certitude et de l’incertitude de la foi

L’être humain cherche une sécurité dans son rapport au monde et dans sa relation avec lui-même. Il cherche une sécurité aussi face à Dieu. Une vraie sécurité serait donnée par un savoir qui couvre tout, telle est la conviction de l’homme moderne. La certitude est autre chose que la sécurité. Devant Dieu toute sécurité risque d’aboutir à l’idolâtrie. La foi ose un autre rapport à Dieu. Et Dieu ose un autre rapport à l’être humain. C’est en découvrant cette dimension du rapport entre Dieu et l’homme que des théologiens aussi différents que Martin Luther et Saint Ignace de Loyola se rapprochent pour un moment.

Explorations anthropologiques autour du célibat des prêtres

Après un succinct rappel historique concernant la discipline du célibat sacerdotal, l’article propose une relecture critique des arguments apportés comme raisons de convenance pour ce choix, en montrant en quoi ils posent question aujourd’hui. La recherche s’ouvre ensuite en trois directions, imbriquées entre elles : une réinterprétation des éléments à l’appui de la discipline du célibat des prêtres, associée aux indications pour l’assumer de façon viable ; une exploration du lien positif qui peut subsister entre le mariage et la prêtrise ; un cadrage et une réflexion sur la question des viri probati.