L’interprétation de la Bible en Afrique : herméneutiques et méthodes

Dans un souci d’interpréter la Bible dans le contexte africain contemporain, plusieurs approches exégétiques ont vu le jour sur le continent depuis environ cinq décennies. Ces méthodes pour la plupart contextuelles, mais aussi postcoloniales, ont en commun le « monde devant le texte », c’est-à-dire l’audience contemporaine, lecteur ou auditeur de la Parole de Dieu en Afrique. Ces approches constituent certainement un défi pour l’exégèse classique développée en Occident mais aussi une opportunité pour son ouverture à une lecture/écoute plurielle de la Bible en différents contextes.

Exégèse et sciences des textes

Les liens parfois conflictuels entre exégèse et sciences du texte remontent, pourrait-on dire, au moment où l’on a commencé à lire la Bible car, pour pouvoir le faire, chaque époque doit recourir à des méthodes qui semblent adéquates. Le sujet est donc très vaste. La bibliographie consacrée à cette question est, elle aussi, plus qu’abondante. Dans la perspective d’amener quelques éléments à la réflexion commune, la question sera abordée sous forme de retour sur les méthodes contemporaines, en tentant de mettre en évidence forces et limites de celles-ci, de la façon la moins caricaturale possible.Exegesis and text sciences The at times conflictual ties between exegesis and text sciences go back, we might say, to the time when people began to read the Bible, because, in order to do so, each period has to rely on methods that appear to be adequate. The subject is thus quite vast. The bibliography dedicated to it is likewise extensive. In order to contribute a

Islam et pensée critique en contexte arabe au XXe siècle

Le champ de l’écrit sur l’objet religieux dans le monde arabe est, au long du XXe siècle, le cadre de recherches inédites portées par des hommes de différentes conditions mais dotés d’un capital culturel. Ils défendent le droit à une expression libre. Certains ont suivi un cursus de savant musulman ; tous sont, à un degré ou à un autre, marqués par des questionnements, démarches ou méthodes cristallisés dans l’espace européen. Ils ne constituent pas un mouvement cohérent, à l’inverse de leurs adversaires qui s’appuient sur les institutions traditionnelles des sciences islamiques. La réaction de ces derniers s’étend de la réplique argumentée à la justification de l’application de la peine capitale.

Éditorial 112/4

Il est plutôt rare de trouver dans les RSR des articles consacrés à l’islam ou au Coran pour eux-mêmes. Relire le premier numéro de 1910 donne pourtant à penser que les études islamologiques rejoignaient les préoccupations premières de la revue. Un article, intitulé « Qoran et tradition. Comment fut composée la vie de Mahomet », rédigé par l’islamologue, Henri Lammens, jésuite belge de Beyrouth, soulevait les questions de méthode propres au modernisme. Cette longue étude de plus de vingt pages suivait un article du théologien français jésuite Jules Lebreton, « La foi au Seigneur Jésus dans l’Église naissante », prolégomènes à son maître-livre de la fin des années 1930. Un semblable intérêt le guidait avec d’autres choix : comment écrire une vie de Jésus où l’histoire s’harmoniserait avec les Écritures et la Tradition ? Les RSR n’ont cessé de revenir sur le problème du « Jésus historique », la revue ne pouvant masquer les évolutions, bien sûr des débats, mais encore de ses prises de position, faisant de notre publication un des témoins et un des

La sagesse philosophique à l’épreuve des incertitudes contemporaines

En ces temps d’incertitude généralisée, la sagesse, pratique ou théorique, est une denrée rare. La formule « sagesse de l’incertitude », par laquelle Milan Kundera caractérise l’art du roman, peut recevoir un sens philosophique qui ne se limite pas à un scepticisme ravageur, si la philosophie qui affronte les multiples formes de la violence, se donne pour tâche de « devenir raisonnablement raisonnable » (E. Weil)

Histoire et théologie : du conflit au multilatéralisme

Le rapport histoire et théologie qui s’est noué dans la crise moderniste a trouvé une issue momentanée avec la catégorie de la tradition créatrice conçue par Maurice Blondel. Il a évolué vers une pensée herméneutique qui a influencé l’exégèse critique de la Bible et l’histoire des dogmes sans être encore aujourd’hui totalement reçue. Une situation nouvelle a découlé d’une culture marquée par subjectivation des individus et leur détraditionnalisation. Leur présent est en crise car la recherche de fondement rencontre les sociétés liquides. Une phénoménologie relisant Heidegger sous la forme d’une apocalypse de la vérité reconduirait jusqu’à Paul de Tarse pour réhabiliter le danger comme une puissance d’imagination créatrice nouvelle. À sa suite, l’article suggère que l’anamnèse chrétienne, chez le même Paul, pourrait fournir aux modernes un recours mieux averti à l’histoire.

Cet obscur objet de la traduction

Les recherches historiques et philologiques concernant les textes bibliques ont fait, durant les dernières décennies, de grands progrès. La découverte progressive de préhistoires complexes de ces textes ébranle la confiance en un texte biblique qui serait une instance hors de question, et qui pourrait être prise en tant que telle comme donnée préalable des interprétations et des traductions. À la place du texte compris comme référence, nous nous trouvons devant une multitude de fragments, de copies et de variantes. En reprenant les enjeux et les thèses de quatre articles réunis dans ce dossier, l’auteur essaie de repenser les concepts du « texte », du « canon » et de l’« original ». Plus précisément, il propose, dans une perspective théologique et philosophique, une réhabilitation de ces trois concepts.

Le désir de comprendre et la pulsion traduisante. L’herméneutique face à la traductologie

Contrairement à ce qu’on a pu soupçonner parfois, l’herméneutique, c’est à dire « la théorie des opérations de la compréhension dans leur rapport avec l’interprétation des textes » et la traductologie ne sauraient être mises en concurrence, parce que, de part et d’autre, il s’agit du rapport natif entre une expérience irréductible à un savoir de la réflexion sur celle-ci. La compréhension, tout comme la traduction est sujet et objet d’un savoir propre. On peut dès lors transférer à l’herméneutique les deux formules directrices par lesquelles Antoine Berman définit le travail du traducteur : « l’épreuve de l’étranger » et « l’auberge du lointain », ce qui revient à se demander si l’herméneutique, tout comme la traductologie, n’a pas besoin d’une analytique pour mener son projet à bien.

Les fondements de l’herméneutique rabbinique du contournement de la violence

Face aux violences contemporaines commises au nom de la religion, est-il possible de découvrir dans l’univers herméneutique de sa propre tradition les ressorts humains qui permettent de mettre en échec ces violences ? L’analyse détaillée de deux textes rabbiniques sur la violence de certaines injonctions de la Torah relatives aux enfants illégitimes nous servira de cadre pour comprendre comment les rabbins d’antan, par un travail herméneutique de contournement de la violence, savaient déjouer les pièges des violences scripturaires. Leur savoir passé doit pouvoir nous aider à faire face aux dangers de fanatismes qui minent aujourd’hui les mondes religieux.