Ministères et charismes dans les principales traditions chrétiennes

Penser tout « ministère » en Église comme un « charisme », c’est-à-dire comme une réalité donnée par l’Esprit-Saint en vue de l’édification de l’Église, voilà l’un des enjeux importants de la théologie des ministères, aujourd’hui comme hier, à la suite notamment des écrits pauliniens. Cela peut nous conduire à mettre en évidence, avant de nous intéresser à ce qui distingue les laïcs des clercs, le socle commun que représente le sacerdoce (ou le ministère, compris ici au sens de « service ») de tous les fidèles. Malgré tout ce qui sépare encore les protestants des catholiques-romains et des orthodoxes sur les questions qui ont trait aux ministères, d’importantes avancées ont été faites depuis le milieu du 20e siècle sur la dimension « charismatique » des ministères. Le présent article met en lumière certaines de ces avancées, comme aussi certaines spécificités propres à chacun de ces trois traditions ecclésiales.

Les ministères remis sur le métier

Le quadrillage total du territoire associant à chaque espace paroissial un curé touche en France à sa fin, le nombre de prêtres étant aujourd’hui insuffisant pour y faire face. Par ailleurs, les scandales sexuels, qui ont éclaté en 2018-2019, conduisent à la dénonciation du « cléricalisme ». Dans ce contexte, la réflexion sur les ministères, c’est-à-dire sur les acteurs et actrices légitimes pour prendre en charge le travail religieux, est rouverte. Deux principales options semblent considérées.

Éditorial 109/1

Église et ministères pastoraux I. Fondement charismatique et institutionnalisation de l’envoi Dans les années soixante-dix du siècle dernier, à la suite du deuxième concile du Vatican, la question des ministères pastoraux a donné lieu à un nombre non négligeable de travaux de recherche en histoire du christianisme et dans les sciences sociales, en ecclésiologie, théologie sacramentaire et droit canonique. À l’époque, on aurait pu croire que, pour longtemps, l’essentiel était dit. Mais les évolutions rapides au sein de nos sociétés européennes et dans nos Églises ont fait qu’à plusieurs reprises l’interrogation sur l’avenir de la figure pluriforme de ce ministère a été remise sur le métier ; débats interrompus par des phases d’apparente tranquillité ou de lassitude face à un recentrement institutionnel sur le ministère du prêtre dans les années quatre-vingt-dix, jugé par d’aucuns comme retour à un passé sans avenir.

Bulletin de Théologie sacramentaire (108/4 – 2020)

 par Ouvrages recensés dans le présent bulletin : I – Liturgie et intelligence des sacrements 1- Moulinet Daniel, La liturgie catholique au XXe siècle, Croire et participer, Beauchesne, Paris, 2017, 329 pages. 2- Geldhof Joris, Liturgy and Secularism. Beyond the Divide, Liturgical Press Academic, Collegeville, Minnesota, 2018, 158 pages. 3- Lathrop Gordon W., Saving Images. The Presence of the Bible in Christian Liturgy, Fortress Press, Mineapolis, 2017, 211 pages. 4- Steinmetz Michel, La musique : un sacrement ? La médiation de la musique rituelle comme lieu théologique : une participation à l’épiphanie du mystère de l’Eglise, Parole et Silence, Paris, 2017, 221 pages. 5- Lossky andré, Sekulovski Goran, Pott Thomas (éd.), Liturgie et religiosité, Aschendorff Verlag, Münster, coll. « Semaines d’études liturgiques Saint-Serge », 64, 2018, 471 pages. 6- Alfeev Ilarion, La Chiesa ortodossa, vol. 5. Sacramenti e riti, EDB, Bologne 2018, 338 pages 7- Gamber Klaus, L’antique Liturgie du rite des Gaules Icône de la Liturgie céleste, Traduction annotée, introduite et commentée par Natalie Depraz avec la

Bulletin de Théologie de la création et sciences (108/4 – 2020)

Ouvrages recensés dans le présent bulletin : Oliver Simon, Creation : a guide for the perplexed, London, Bloomsbury T&T Clark, 2017, 222 p. Caruana Louis (Éd.), L’Inizio e la Fine dell’Universo. Orientamenti scientifici, filosofici e teologici, Rome, Gregorian & Biblical Press, 2016, 176 p. Revol Fabien, Le concept de création continuée dans l’histoire de la pensée occidentale, Institut Interdisciplinaire d’Etudes Epistémologiques, 2017, 350 p. Wright Catherine, Creation, God, and humanity : engaging the mystery of suffering within the sacred cosmos, New York, Paulist Press, 2017, 286 p. Giberson Karl W. (Éd.), Abraham’s Dice: Chance and Providence in the Monotheistic Traditions, Oxford University Press, 2016., 376 p. Bastit Michel, Le principe du monde. Le Dieu du philosophe, Paris, Les Presses universitaires de l’IPC, 2016, 264 p. Souchard Bertrand et Fabien Revol (Éds.), Réel voilé et cosmos théophanique: Le regard de l’homme sur la nature et la question de Dieu, Paris/Lyon, Vrin / Faculté catholique de Lyon, 2016, 550 p. Souchard Bertrand et Fabien Revol

La vie éternelle : corporelle, dynamique et universelle ?

Le mystère de la vie éternelle est appréhendé à partir de ce qui lui est le plus radicalement propre : son centre christologique et trinitaire. C’est à la lumière de celui-ci que sont affrontées trois questions – choisies pour leur importance intrinsèque et leur place dans les débats contemporains – touchant respectivement à la corporéité, à la temporalité et à l’universalité de la vie éternelle. La première est abordée en référence aux débats sur la résurrection dans la mort et à la possibilité de penser la conformation au Christ à la lumière de la phénoménologie et de l’ontologie structurale ; la seconde, à partir de la tension entre stabilité de la béatitude et vitalité du désir ; la troisième, en tenant compte des enjeux de l’espérance d’un salut universel et de la puissance des arguments de l’universalisme contemporain.

Les métamorphoses de la liturgie et de la pastorale des funérailles

La profonde transformation des pratiques et de la pastorale des funérailles ne peut s’expliquer sur le seul registre de la déchristianisation. Les transformations culturelles interrogent l’espérance chrétienne sous un triple rapport : à la mort, au corps et à la mémoire. La récente crise sanitaire de la Covid 19, en suscitant une nouvelle prise de conscience de la fragilité de notre humanité commune, appelle à reconsidérer ces questions. Dans ce contexte, l’article s’interroge à nouveaux frais sur les ressources qu’apporte la ritualité chrétienne pour répondre aux aspirations et aux angoisses d’un monde qui a profondément changé.

La vie éternelle, selon les Écritures

La notion de « vie éternelle » se trouve aujourd’hui grevée d’une interprétation statique et anhistorique. Le retour au Nouveau Testament met en valeur l’ambivalence de l’adjectif « éternel » (en grec aiônios), inséparable de la notion d’éon (aiôn), désignant comme un espace-temps divin, inaccessible au sein de l’histoire, quoique déjà mystérieusement présent. Ce sera le propre des écrits johanniques que d’insister, tant sur le déjà-là d’une eschatologie anticipée que sur l’intériorité du sujet croyant, appelé à laisser sourdre en lui la « source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,14).

La mort de la mort : de quelle immortalité parlons-nous ?

La possibilité d’une immortalité n’a cessé de préoccuper l’humanité. Certains affirment que celle-ci serait de l’ordre du passé, à la suite de la thèse heideggérienne de la finitude ontologique de l’homme. Dans cette optique, le temps est envisagé à partir de la mort, à savoir qu’il est clos de manière a priori. D’autres, au contraire, soutiennent que la temporalité est ouverte et que le « progrès » historique et technoscientifique permet à l’homo faber de dépasser la mort individuelle. Après une discussion critique de ces positions et de leurs présupposés, l’article aborde la question de l’immortalité renvoyant à une anthropologie du don. Celui-ci se situe au plan de la créature recevant gratuitement la vie ou de l’espérance qui implique une attitude de disponibilité réceptive et qui échappe à tout contrôle.

L’éternité est une croyance qui s’oppose à la mort

Comment résister à la mort ? Cette question, depuis toujours, instaure un conflit entre la mort et l’éternité. Voyons quatre régimes différents de résistance : celui de la culture, qui, depuis 100 000 ans, avec le faste, l’art et la religion, instaure des modalités d’une protection contre la mort – apparaissent alors le moment charnière : le passage, et ses conditions, la symbolique de l’autre monde – ; puis le moment chrétien (une promesse d’éternité est faite, mal comprise, du côté catholique par une fixation sur la seule éternité de l’âme et du côté des incroyants par un supposé amour catholique des cadavres), avec une incertitude quant aux conditions d’accès à l’éternité ; le troisième régime où, avec Freud, l’immortalité devient une croyance active ici et maintenant, protège notre psychisme du néant et donc de la sidération, et vient avant la mortalité ; enfin la science, qui nous offre une nouvelle promesse d’immortalité, promesse future, non encore réelle, possible mais non certaine, de pouvoir se « réincarner » dans de