Langage, discours, parole. Rigueur philosophique et ressources bibliques

Est-il possible de chercher un accord – sans concordisme – entre la rigueur du discours philosophique et la ferveur de la parole biblique ? Voilà qui suppose d’abord une raison qui abandonne ses prétentions magistrales pour se laisser ouvrir à l’écoute de ce qui la provoque et la relance. Mais cela exige également une herméneutique des Écritures qui n’y cherche pas un croire-savoir, mais la transmission historique d’expérience(s) dont l’envoi et l’élan sont toujours à reprendre en responsabilité sensée. Entre la discursivité des Dits (et dédits) raisonnables et l’inspiration du Dire prophétique, une relation respectueuse de l’altérité pourrait dès lors donner lieu à une intensification réciproque réveillant et aiguisant en chacune de ces deux orientations le meilleur et le plus légitime de sa visée signifiante.

Cet obscur objet de la traduction

Les recherches historiques et philologiques concernant les textes bibliques ont fait, durant les dernières décennies, de grands progrès. La découverte progressive de préhistoires complexes de ces textes ébranle la confiance en un texte biblique qui serait une instance hors de question, et qui pourrait être prise en tant que telle comme donnée préalable des interprétations et des traductions. À la place du texte compris comme référence, nous nous trouvons devant une multitude de fragments, de copies et de variantes. En reprenant les enjeux et les thèses de quatre articles réunis dans ce dossier, l’auteur essaie de repenser les concepts du « texte », du « canon » et de l’« original ». Plus précisément, il propose, dans une perspective théologique et philosophique, une réhabilitation de ces trois concepts.

La Bible imprimée et sa Réforme

Cet article présente un court aperçu de l’histoire de l’impression de la Bible en allemand et en anglais à l’aube de la Réforme. En mettant en contraste la situation dans le Saint-Empire romain germanique et celle de l’Angleterre au début du XVIe siècle, l’article fait valoir que, bien que leurs textes soient très proches les uns des autres sur un plan linguistique, la Bible anglaise et son homologue allemande ont un destin très différent durant la première période réformatrice, pour des raisons historiques, politiques et personnelles.

Entre canon(s) et textes bibliques. Que traduire ?

Des livres nommés par leurs seuls titres et énumérés dans des listes appelées canons, livres écrits d’abord séparément puis progressivement groupés dans des codices et plus tard tous ensemble, Ancien et Nouveau Testament, dans des pandectes, telle est l’histoire physique du canon (suivie ici uniquement chez les Latins). Les titres des livres sont peu explicites (Jérémie, Esdras), ce qui va entraîner des variations dans le contenu des bibles. Les responsables des scriptoria ont eu à choisir les textes, de préférence les traductions de Jérôme sur l’hébreu sous les Carolingiens. Le canon, plus ou moins stable, va tendre à la normalisation des textes copiés. Il fallait choisir entre les textes latins. Désormais il va falloir choisir entre les textes à traduire. La Réforme ne retient pas les livres de l’Ancien Testament transmis seulement en grec. Les catholiques, à partir de Trente et surtout de l’édition Sixto-Clémentine (1592-1593) vont exclure quelques livres présents dans presque toutes les bibles du XVe et XVIe siècle. Les traductions imprimées reflètent ces choix différents. D’où quelques réflexions sur le statut d’une

De la Septante à la Vulgate. Les traducteurs face au texte biblique

Les premiers traducteurs de la Septante n’avaient probablement aucun modèle de traduction auquel se référer pour traduire un corpus comme la Torah. Quels choix ont-ils opérés ? Ces choix ont-ils été suivis par les traducteurs des livres suivants, puis par les Africains qui, au IIe s. de l’ère chrétienne, firent passer l’Ancien et le Nouveau Testament du grec en latin ? Quelles options sont solidaires du choix effectué par saint Jérôme de revenir à l’hebraica veritas ? Telles sont les questions auxquelles les pages qui suivent voudraient répondre.

Le désir de comprendre et la pulsion traduisante. L’herméneutique face à la traductologie

Contrairement à ce qu’on a pu soupçonner parfois, l’herméneutique, c’est à dire « la théorie des opérations de la compréhension dans leur rapport avec l’interprétation des textes » et la traductologie ne sauraient être mises en concurrence, parce que, de part et d’autre, il s’agit du rapport natif entre une expérience irréductible à un savoir de la réflexion sur celle-ci. La compréhension, tout comme la traduction est sujet et objet d’un savoir propre. On peut dès lors transférer à l’herméneutique les deux formules directrices par lesquelles Antoine Berman définit le travail du traducteur : « l’épreuve de l’étranger » et « l’auberge du lointain », ce qui revient à se demander si l’herméneutique, tout comme la traductologie, n’a pas besoin d’une analytique pour mener son projet à bien.

Éditorial (106/1 – 2018)

Depuis l’Antiquité, la nécessité de traduire la Bible s’est imposée aux communautés croyantes. Considérée comme la parole divine inspirée, elle devait, à leurs yeux, être accessible à tout croyant, quelle que soit sa langue : grec, araméen, syriaque, latin, etc.

Éditorial (105/4 – 2017)

 LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE IMPACT SUR LA THÉOLOGIE La Première Guerre mondiale marque, dans l’histoire européenne, « une coupure décisive aux effets irréversibles » (René Rémond). Les conséquences politiques et sociales furent certes importantes, mais les répliques religieuses de ce séisme ne se sont pas avérées moins fortes ni moins déterminantes. Cette guerre fut « une guerre qui mobilisa les religions et les Églises, qui engagea clercs et fidèles, qui interrogea foi et ferveurs » (Frédéric Gugelot). On peut dire après coup, utilisant une image, que de multiples fils de la politique et de la culture européennes se sont alors subitement noués en un écheveau inextricable, obligeant le continent à se confronter avec sa propre histoire selon des contradictions depuis longtemps accumulées. Et ce fut un christianisme qui, tant du côté allemand que du côté des alliés, se laissa instrumentaliser par le patriotisme et le nationalisme, légitimant, voire sacralisant la guerre. Les confessionnalismes catholiques, protestants, russes orthodoxes, fondés sur une osmose entre la culture et la foi, commencèrent par nier leurs solidarités transfrontalières, pour entrer, au plan national, dans

Bulletin de théologie sacramentaire (105/4 – 2017)

Ces dernières années ont vu la publication de plusieurs ouvrages particulièrement suggestifs sur l’eucharistie ; il convenait dans ce bulletin des honorer, c’est pourquoi nous commencerons par ceux-ci. Certains des auteurs poursuivent un travail sur l’histoire de la liturgie eucharistique et les élaborations théologiques qui l’accompagnent, donnant ainsi un aperçu sur cette étonnante efflorescence (merci à Jean-Baptiste Sèbe qui a recensé l’ouvrage d’Arnold Angenendt). Plusieurs s’affrontent à la question difficile de la « présence réelle » : comment en rendre compte, après notamment la critique heideggérienne de la métaphysique ? D’autres enfin abordent l’eucharistie à partir de questions actuelles. Le synode sur le mariage et la famille a donné lieu à d’abondantes publications, notamment sur les questions les plus débattues. J’ai rendu compte d’une dizaine d’entre elles dans une note publiée dans le Tome 103/2 des RSR (avril-juin 2015). Je ne reviendrai donc pas sur celles-ci, mais recense ici d’autres ouvrages sur le mariage, certains en rapport avec le synode. La troisième partie du bulletin rend compte de livres sur les sacrements du baptême et de l’ordre ; elle est suivie

Bulletin de théologie de la création et sciences (105/4 – 2017)

Comme dans les bulletins précédents, on distinguera les ouvrages qui traitent de théologie de la création, ceux qui abordent plus explicitement la question écologique, ceux qui portent sur la relation entre théologie et sciences de la nature, pour terminer par quelques études teilhardiennes. Il est clair que les frontières entre ces catégories sont extrêmement poreuses.  I. Théologie de la création 1. Re Manning Russell et alii (Éds.), The Oxford handbook of natural theology, OUP, Oxford, 2013, 632 p. 2. Fergusson David, Creation, Eerdmans, Grand Rapids, 2014, 150 p. 3. Bracken Joseph A., The World in the Trinity. Open-Ended Systems in Science and Religion, Fortress Press, Minneapolis, 2014, 224 p. 4. Rubini Costantino, Il divenire della creazione. In dialogo con Karl Rahner e Jurgen Moltmann, Città Nuova, Roma, 2013, 298 p. 5. Revol Fabien, Le temps de la création, Éd. du Cerf, Paris, 2015, 400 p. 6. Kärkkäinen Veli-Matti, Creation and Humanity, Eerdmans, Grand Rapids, 2015, 554 p. 7. Greenway William, For the Love of All Creatures, Eerdmans, Grand Rapids, 2015,