De la certitude et de l’incertitude de la foi

L’être humain cherche une sécurité dans son rapport au monde et dans sa relation avec lui-même. Il cherche une sécurité aussi face à Dieu. Une vraie sécurité serait donnée par un savoir qui couvre tout, telle est la conviction de l’homme moderne. La certitude est autre chose que la sécurité. Devant Dieu toute sécurité risque d’aboutir à l’idolâtrie. La foi ose un autre rapport à Dieu. Et Dieu ose un autre rapport à l’être humain. C’est en découvrant cette dimension du rapport entre Dieu et l’homme que des théologiens aussi différents que Martin Luther et Saint Ignace de Loyola se rapprochent pour un moment.

Incertitudes covidiennes

Outre les morts qu’elle a provoquées, la pandémie a été (et reste) une expérience inconnue, difficile à vivre pour la plupart, toutes générations confondues. Elle a provoqué rapidement dépressions et fatigue. Elle a mis à l’épreuve la confiance, ou accru la défiance, envers la politique, la science médicale, le système de santé, et donné libre cours au “complotisme” et aux procès de la démocratie. L’Église catholique a été soumise aux mêmes mesures que les autres cultes, mais les restrictions apportées à la liberté de culte (à la célébration de la messe) ont divisé les catholiques (y compris la Conférence épiscopale), et posé la question de la messe, de sa place dans la vie cultuelle et sacramentelle, ainsi que des formes de sa célébration.

“Du temps ? On n’en a pas !”

La modernité a pensé le progrès à partir du paradigme d’un espace euclidien plat. Or l’incertitude de notre époque est liée à l’inadaptation de cette topologie à la complexité du nouvel espace-temps fermé sur lui-même mais ouvert intérieurement, par exemple par les enjeux écologiques. Fermé et ouvert sont en relation duale. Cette dualité conduit à penser la complexité à partir des bords, des marges, de l’altérité, ici des très pauvres. Leur être au monde suggère une manière prophétique de traverser l’Apocalypse : entre le temps de l’urgence et le temps du projet politique s’ouvre une façon de vivre non dans l’anxiété de la fin des temps, mais dans la confiance d’« une présence de la fin dans ce temps à vivre ».

De l’éprouvé du chaos à la vie avec l’incertitude

Comment, en situation d’incertitude, des personnes peuvent-elles cheminer afin de déterminer, individuellement et collectivement, ce qu’il semble juste de faire ? Est-il possible de tirer parti de l’expérience du soin et de l’accompagnement auprès des grands malades ainsi que de la Covid comme terrains d’analyse afin de tenter de repérer ce qui permet de reconnaître, demeurer, avancer dans l’incertitude ? En contexte de soin, la confrontation à l’incertitude peut engendrer un cheminement en trois étapes. Tout d’abord, c’est l’éprouvé d’une crise en soi  vécue comme un « chaos ». Puis, peut venir l’accueil d’une incertitude. Et enfin, il s’agit de vivre avec elle dans une perspective éthique sans prétendre pour autant la faire disparaître. On décrira ici chacun de ces états, en essayant de définir les conditions qui favorisent ou empêchent d’en faire un cheminement progressif.

La sagesse philosophique à l’épreuve des incertitudes contemporaines

En ces temps d’incertitude généralisée, la sagesse, pratique ou théorique, est une denrée rare. La formule « sagesse de l’incertitude », par laquelle Milan Kundera caractérise l’art du roman, peut recevoir un sens philosophique qui ne se limite pas à un scepticisme ravageur, si la philosophie qui affronte les multiples formes de la violence, se donne pour tâche de « devenir raisonnablement raisonnable » (E. Weil)

De quel genre de pensée a-t-on besoin pour aborder la crise environnementale contemporaine ?

L’écologie politique contemporaine donne un nouvel infléchissement aux débats environnementaux qui risquent, sinon, de rester coincés dans un paradigme réducteur et moderniste. Il est intéressant de noter que cette nouvelle écologie politique s’inspire de plus en plus du langage et de concepts théologiques, en particulier dans l’œuvre de Bruno Latour. Le présent article explore les raisons pour lesquelles il en est ainsi et quelle en est la contribution. Il fera valoir que l’écologie politique assigne un rôle à la religion en ce que celle-ci génère le genre de conversion aux valeurs humaines qui s’avèrent nécessaires pour une véritable transformation sociétale. En procédant ainsi, l’écologie politique pourrait même être considérée comme un partenaire de dialogue (surprenant) pour la théologie catholique et pour des approches de la crise environnementale qui s’appuient plus largement sur la tradition de l’enseignement social catholique.

L’ekphrasis salutaire

Le Moyen Âge a-t-il manifesté une espérance de Salut pour le Cosmos ? Notre monde n’étant pas d’abord un objet d’étude ou de délibération, mais l’écosystème de la pensée et de l’expression humaines, nous chercherons à montrer comment la matière épaisse et chaotique d’une Création aspirant au Salut a pu être le support d’un langage théologique surgi en amont des langages plus spéculatifs qui tinrent cette matière à distance. En nous appuyant sur le concept d’ekphrasis, nous tâcherons de montrer qu’au XIIe siècle les visions ont été, par leur matériau et leur forme cosmiques, d’authentiques discours sotériologiques aux dimensions de la Création. Ces visions dressées dans l’histoire restent pour le théologien une invitation à se réapproprier la capacité exploratoire de la poétique.

La Torah d’Israël, chemin de sagesse écologique

Les ressources bibliques en éco-théologie, et spécialement pour penser la « conversion écologique », ne se limitent pas aux lieux scripturaires « classiques » (Gn 1–9 ; Jb 37–38 ; Rm 8 ; etc.). D’autres textes moins sollicités, notamment dans la législation biblique, peuvent apporter un éclairage puissant pour affronter les défis environnementaux de notre époque. À titre de simple illustration, cette contribution examine deux passages tirés du livre du Lévitique (Lv 23 ; 25-26).

Restauration et transformation

L’article présente la pratique de la restauration d’environnements dégradés en se concentrant sur les tensions inhérentes à cette pratique en ce qui concerne le rôle qu’y joue l’histoire pour définir l’action et la fonction de la personne humaine. En s’inspirant des thématiques de résurrection qui caractérisent la restauration et la transformation, l’auteure plaide en faveur d’une approche restauratrice qui, d’une part, reconnaît la valeur d’écosystèmes de jadis et, d’autre part, ouvre un espace pour une action qui va au-delà d’un simple retour au passé et vise à répondre de manière créative aux défis environnementaux du présent, avec sagesse et amour.

La lente émergence de l’idée de conversion écologique dans le monde catholique

L’encyclique Laudato si’ invite à une « conversion écologique ». D’autres textes magistériels l’avaient précédée dans cette voie, marquant ce qu’Adolphe Gesché avait qualifié de « tournant cosmocentrique », par contraste au « tournant anthropocentrique » (Karl Rahner), caractéristique de Vatican II. Ce double tournant explique pourquoi, en dépit de signaux précoces alertant sur la dégradation de l’environnement et sur la responsabilité humaine, le monde catholique a perçu plus tardivement que le monde protestant la nécessité d’un changement d’attitude. En outre, cela pose la question de la place de l’humain au sein du monde selon le dessein créateur de Dieu. Parler de « conversion » suppose un retournement ou un décentrement vers Dieu, mais un Dieu qui confère à chaque créature une « valeur propre ».