La mort de la mort : de quelle immortalité parlons-nous ?

La possibilité d’une immortalité n’a cessé de préoccuper l’humanité. Certains affirment que celle-ci serait de l’ordre du passé, à la suite de la thèse heideggérienne de la finitude ontologique de l’homme. Dans cette optique, le temps est envisagé à partir de la mort, à savoir qu’il est clos de manière a priori. D’autres, au contraire, soutiennent que la temporalité est ouverte et que le « progrès » historique et technoscientifique permet à l’homo faber de dépasser la mort individuelle. Après une discussion critique de ces positions et de leurs présupposés, l’article aborde la question de l’immortalité renvoyant à une anthropologie du don. Celui-ci se situe au plan de la créature recevant gratuitement la vie ou de l’espérance qui implique une attitude de disponibilité réceptive et qui échappe à tout contrôle.

L’éternité est une croyance qui s’oppose à la mort

Comment résister à la mort ? Cette question, depuis toujours, instaure un conflit entre la mort et l’éternité. Voyons quatre régimes différents de résistance : celui de la culture, qui, depuis 100 000 ans, avec le faste, l’art et la religion, instaure des modalités d’une protection contre la mort – apparaissent alors le moment charnière : le passage, et ses conditions, la symbolique de l’autre monde – ; puis le moment chrétien (une promesse d’éternité est faite, mal comprise, du côté catholique par une fixation sur la seule éternité de l’âme et du côté des incroyants par un supposé amour catholique des cadavres), avec une incertitude quant aux conditions d’accès à l’éternité ; le troisième régime où, avec Freud, l’immortalité devient une croyance active ici et maintenant, protège notre psychisme du néant et donc de la sidération, et vient avant la mortalité ; enfin la science, qui nous offre une nouvelle promesse d’immortalité, promesse future, non encore réelle, possible mais non certaine, de pouvoir se « réincarner » dans de

Décès du Père Joseph Moingt

Le Père Joseph Moingt, sj, s’est éteint le 28 juillet 2020, dans sa 105ème année. Théologien à la pensée toujours en éveil et ouvrant inlassablement à l’intelligence de la foi, il a dirigé la Revue des RSR de 1968 à 1997. Nous lui devons beaucoup. Christoph Theobald, rédacteur en chef, avec le Comité de Rédaction Joseph Moingt – Un grand théologien vient de nous quitter

Karl Rahner – La puissance d’engendrement d’une pensée

Partant de la fécondité effective de l’œuvre de Karl Rahner, l’article s’interroge sur l’impulsion qui a rendu possible son ampleur exceptionnelle. Il n’en scrute donc pas telle partie ou tel contenu mais s’intéresse à la genèse ou à la « puissance d’engendrement » de la pensée du théologien jésuite. Pour cela, il part de son itinéraire et repère les tournants et la différenciation interne de sa théologie, pour en dégager le « ressort » qui se trouve dans une sensibilité spirituelle aux « nouveaux commencements », à repérer et à penser au sein de notre histoire humaine et dans la tradition chrétienne. L’article tente de vérifier cette hypothèse à partir de quelques situations-clés. Instruit par ces leçons, il reviendra au contexte actuel où, à la suite de Rahner et en pensant avec lui et non pas comme lui, les théologien(ne)s peuvent trouver leur propre impulsion en apprenant à discerner le « kairos » théologique qui leur est offert.

Karl Rahner – Genèse et aspects d’une théologie systématique

Après tant d’études érudites et une réception hors du commun, quelles que soient les aires culturelles et linguistiques, l’œuvre de Karl Rahner continue d’inspirer de nouvelles synthèses théologiques et de nouveaux champs de recherche. Cette propriété, l’œuvre de Karl Rahner la tire de son infrastructure philosophique puissante, disponible pour de nouvelles prospections. L’étude que nous proposons cherche essentiellement à examiner, dans un acte de relecture et d’interprétation critique, les moments instaurateurs de la théologie de Karl Rahner, en privilégiant les grandes polarités qui la caractérisent : « subjectivité et révélation », « libre révélation et ontologie », « transcendantal et catégorial », « théologie de la grâce et christologie transcendantale ». Ces explorations conduisent à une évaluation actualisante.

Obéissance ecclésiale comme engagement et protestation

L’intention la plus profonde de Karl Rahner ayant toujours été celle d’être un théologien au service de son Église et des hommes, divers conflits sont nés autour de sa théologie, avant et après le Concile Vatican II. Si, dans un premier temps, il a cherché prioritairement à renforcer la position du croyant individuel et la liberté de la parole et de la théologie, il a tenté, après le Concile, de défendre cette première mise en œuvre de l’Église universelle comme le « début d’un début ». À côté du débat autour du « chrétien anonyme », il faut signaler surtout son engagement en faveur d’une nouvelle place des femmes au sein de l’Église. Alors qu’avant le Concile, Rahner était partiellement contesté, mais reconnu, certains, après le Concile, ont mis en doute son orthodoxie objective, signe du changement radical de la théologie et de l’Église à cette époque.

Karl Rahner : ses sources et lieux théologiques

En partant des différentes phases d’après lesquelles les Œuvres complètes répartissent les travaux de Rahner, l’on peut identifier divers lieux et diverses sources théologiques qui ont joué un rôle décisif dans ses prises de conscience et dans la formation de son jugement théologique. Il s’agit plus particulièrement de la spiritualité ignatienne, de la théologie patristique, de la théologie de l’école néoscolastique, de la problématique de la philosophie moderne de Descartes et de Kant à Heidegger, et enfin de la situation sociale de la foi et de l’Église comme lieu de « pastoralité ». Le cœur de l’option fondamentale de Rahner, centrée autour de la théologie de la grâce, peut être situé dans la reformulation du thème traditionnel de l’analysis fidei.

La réception de l’œuvre de Karl Rahner

La théologie de Karl Rahner s’inscrit dans la tradition de la théologie catholique de l’école jésuite classique, mais cherche à l’élargir et à l’actualiser en démultipliant les sources auxquelles il puise et en entrant en dialogue avec la pensée contemporaine. La réception de la théologie ainsi mise en œuvre débute dans le cadre universitaire, pour prendre ensuite de l’ampleur dans le débat théologique grâce à des publications pertinentes et s’imposer à une échelle plus large au travers de réseaux théologiques (ordres religieux, groupes de travail), de projets au niveau de l’organisation scientifique (lexiques, manuels), mais aussi d’écrits spirituels. L’événement majeur du concile Vatican II la fait connaître sur le plan international. L’importance de sa théologie se révèle également au travers de la recherche internationale sur son œuvre.

Apocalypse et livres sapientiaux

La fièvre apocalyptique est un phénomène récurrent qui se présente comme une crise à  la fois sociale et symbolique qui subvertit l’articulation spatio-temporelle constitutive d’un monde. C’est l’amplification imaginaire, quasi panique, de maux collectifs face auxquels l’espérance paraît en défaut. L’Apocalypse biblique a longtemps alimenté cet imaginaire. Or, dans le catastrophisme contemporain, né d’une angoisse écologique anticipant le pire, l’apocalyptique s’est sécularisé : la Nature (re)devient une figure mythique ; elle se vengerait d’avoir été abusée. Face à cette sorte de pathos collectif, quelle sagesse, quelle retenue sont–elles possibles ? Il se trouve que, dans le corpus biblique, l’opposition de deux types de temporalité – sous le signe de la fin des temps et sous celui d’une certaine continuité – a donné lieu à un travail symbolique intense dont on peut dire, en assumant le risque de toute interprétation, qu’il vise à limiter chacun de ces types par l’autre, donc à conjuguer « poétiquement » désespoir et confiance raisonnée, sinon dans le monde, du moins dans un « monde possible ».

Salut et technique

Vaincre la mort par des moyens techniques : telle est la perspective qui unit les diverses aspirations du mouvement transhumaniste, pointe avancée de la technoscience contemporaine. Comment une croyance religieuse a-t-elle pu ainsi se transformer en programme scientifique ? Pour répondre à cette question, l’article examine le rapport entre apocalyptique et sagesse et plus largement entre langage mythopoïétique et langage rationnel, en interrogeant notamment Paul et la Sagesse de Salomon.