Pouvons-nous nous adresser à Dieu ? Et si oui, que faisons-nous ?

La prière est un phénomène étonnant. Les uns y tiennent de tout cœur, les autres la prennent pour un acte de superstition. L’auteur s’intéresse au mode spécifique de parler qui caractérise la prière. Qui prie, à vrai dire ? Seulement celui qui s’adresse à Dieu, ou – avec lui – aussi celui à qui la prière est adressée ? En s’engageant sur cette piste, des questions diverses, comme celle de la possibilité (ou impossibilité) de la prière, de son exaucement (ou non), de son caractère illusoire (ou non) rencontrent des réponses imprévues. Que faisons-nous avec nos paroles, et nos paroles, que font-elles de nous, quand nous prions ?

L’adresse à Dieu dans la mystique chrétienne

Dans la tradition chrétienne, l’expérience mystique porte « l’Adresse à Dieu » jusqu’à ses extrêmes limites. Les modes de la purification sont pluriels : le dénuement radical dans les spiritualités du désert, la voie de négation – nuit obscure, ou encore l’abandon comme ampleur de l’amour et du service. Ces attitudes extrêmes, repérées en divers moments de l’histoire mais liées entre elles et toujours signifiantes, manifestent des dimensions essentielles à une affirmation de Dieu enracinée dans un acte de la liberté : l’expérience, la nomination, le silence, l’interrogation. Elles en renouvellent le langage.

« Le numéro que vous avez demandé n’est pas attribué »

Pour s’adresser à Dieu, il faut le connaître. Cette thèse qui suppose qu’il faut avoir la maîtrise de l’adresse de la prière peut recevoir quelques objections. Reprenant l’ensemble du dossier et des contributions du colloque, l’article s’interroge sur l’adresse à Dieu comme tout-autre, celui qui est sans adresse connue mais pourtant que l’on peut appeler à l’aide et à qui l’on peut dire « qui est à l’appareil ? » L’adresse à Dieu comme tout-autre renvoie à l’adresse à tout autre, à notre écoute des appels qui nous sont adressés. La paternité de Dieu ne saurait être séparée de la fraternité ou la sororité de celles et ceux qui nous sont proches.

La Collection « Théologie » (1944-1972)

Université Lumière – Lyon 2 Pour peu qu’elle soit effectivement dirigée, une collection est plus que la somme des ouvrages qu’elle publie. Sa maquette, débattue avec l’éditeur, lui donne certes une allure aisément reconnaissable qui vise à fidéliser le lecteur. Mais elle n’est pas seulement un produit de librairie. Elle a sa vie propre, avec une naissance plus ou moins aisée et des accidents de parcours qui en commandent la longévité : autrement dit une histoire riche de renseignements sur le milieu dont elle est issue. Cette histoire dépend surtout de l’orientation qui lui est donnée et qui commande son insertion dans le débat intellectuel ou littéraire de son temps. La collection devrait donc être partie prenante, et de l’histoire de l’édition, et de l’histoire des idées ou des styles. Or tel n’est guère le cas. Peu nombreuses sont en effet les monographies de collections, alors qu’une histoire de l’édition en plein essor multiplie les monographies d’éditeurs. Comme l’édition religieuse reste le

Le deuil mystique

Université de Lausanne Et maintenant, Seigneur, c’est déjà du passé, et avec le temps ma blessure s’est adoucie. Puis-je apprendre de toi qui es Vérité et appliquer l’oreille à ta bouche pour que tu me le dises, pourquoi les larmes sont douces aux malheureux, ou bien, quoique tu sois partout présent, as-tu rejeté loin de toi notre malheureux, et demeures-tu en toi, tandis que nous roulons dans les épreuves ? Et pourtant, si nous ne pleurions pas à tes oreilles, il ne resterait rien de notre espérance. D’où vient donc que sur l’amertume de la vie on cueille un fruit suave : gémir, pleurer, soupirer et se plaindre ? Y aurait-il là de la douceur, parce que nous espérons que tu entends ? C’est bien ainsi que les prières qui impliquent en effet le désir de parvenir au but mais dans la douleur d’une perte et dans le deuil où j’étais alors plongé (num in dolore amissae rei et luctu, quo tunc operiebar) […] ?

La christologie comme clé d’une théologie « post-substitutive » du judaïsme après Nostra aetate

Catholic Theological Union – Catholic-Jewish Studies Program, Chicago Depuis la Déclaration Nostra ætate de Vatican II, les théologiens chrétiens ont proposé divers modèles pour une nouvelle perspective chrétienne sur le peuple juif et la permanence de sa relation d’alliance avec Dieu après la venue du Christ. Ces modèles pouvaient originellement être classés en deux catégories fondamentales connues sous le nom d’unique et de double Alliance. Plus récemment, des efforts ont été entrepris pour trouver de nouvelles voies d’articulation des liens aussi bien que des spécificités des juifs et des chrétiens. Une christologie incarnationnelle semble fournir le meilleur fondement à cette quête au sein du christianisme, surtout depuis que plusieurs chercheurs juifs se sont engagés dans une recherche similaire au sein du judaïsme

La christologie patristique dans le contexte des débats avec les juifs

Dans quelle mesure la christologie patristique a-t-elle pu alimenter une hostilité de fond entre chrétiens et juifs ? Après avoir rappelé quelques évolutions qui ont marqué la recherche contemporaine sur le sujet, l’article montre quels furent les principaux thèmes des controverses christologiques dans le contexte de l’opposition au judaïsme. Si certains écrits développent incontestablement des thèmes antijudaïques (comme celui de la substitution de l’Église à Israël), le constat de cet « antijudaïsme » ne doit pourtant pas empêcher de percevoir ce qui, originellement, était en cause dans les débats entre chrétiens et juifs, à savoir une décision existentielle sur l’identité même de Jésus. L’article invite à relire de ce point de vue le Dialogue de Justin avec le juif Tryphon, en rendant attentif à la forme même de cet écrit et à son prologue narratif.

L’un et l’autre Peuple de Dieu. Christ, Peuple et Écriture, après la théologie de la substitution

Institut Catholique de Paris – UR « Religion, Culture et Société » – EA 7403 Cet article veut explorer ce que la sortie de la théologie de la substitution, qui valorise la permanence d’Israël, peut avoir comme conséquence pour l’ecclésiologie fondamentale. Partant d’une intuition féconde de Kurt Koch, sur la place des développements de l’exégèse dans l’émergence puis dans la réception de Nostra ætate nº 4, l’article traverse deux documents essentiels de la Commission biblique pontificale (1993 et 2001) en examinant les rapports entre l’Écriture et le peuple de Dieu. L’avant-propos de Joseph Ratzinger à Jésus de Nazareth, paru en 2007, confirme la difficulté à articuler le plan exégétique et le plan ecclésiologique, pour faire droit en même temps à la nouveauté en Jésus-Christ et à la permanence du peuple juif. Il s’agit d’articuler ce que l’exégèse connaît depuis longtemps à propos de l’un et l’autre Testament avec ce que l’ecclésiologie peut encore découvrir en honorant christologiquement les liens dialectiques entre l’un et l’autre peuple

Un cahier des charges pour la christologie après Nostra aetate

Le paragraphe 4 de la déclaration conciliaire Nostra ætate concernant la religion juive a marqué un tournant symbolique dans la réflexion chrétienne sur le peuple juif et le judaïsme, sans pour autant lever toutes les difficultés héritées de l’histoire complexe entre le peuple juif et l’Église, ni les défis théologiques qui se dégagent lorsqu’est affirmée la validité permanente de l’Ancienne alliance. Après avoir retracé les avancées de la théologie catholique dans son rapport au Judaïsme, l’article met le doigt sur l’insuffisance de leur approche christologique et se propose, à la lumière de certains théologiens qui ont commencé à travailler dans ce domaine, d’élaborer le cahier des charges d’une christologie en rapport avec ce tournant symbolique de Nostra ætate §4.

Un développement spirituel vers une nouvelle naissance à tout âge

Il n’y a pas d’âge pour la catéchèse et les sacrements ! Le brouillage sociologique des âges de la vie provoque la pratique ecclésiale à mobiliser des ressources pastorales et catéchétiques pour accompagner la croissance intérieure vers l’engendrement de l’homme nouveau. Le modèle du catéchuménat, avec ses seuils individuels et communautaires et sa pédagogie d’initiation intergénérationnelle, peut s’appliquer aux différents moments de la maturité de l’existence et permettre à chacun(e), selon une catéchèse de cheminement, de trouver son identité humaine et spirituelle (son « ipséité », dirait P. Ricœur).