« Vivre dans le temps présent avec réserve, justice et piété » (Tt.*), peut-il être désirable ?

À partir de la recommandation de l’auteur de la lettre à Tite, l’article, après avoir reparcouru la réélaboration théologique contemporaine autour d’une christologie eschatologique conduisant in fine à la notion de réserve eschatologique, examine la notion de réserve comme une attitude qui peut renouveler toutes les relations de la vie et permettre de mettre l’accent sur des notions anthropologiques tel que la perte, la fraternité, la vocation, en lien avec les conseils évangéliques.

L’ancienneté dans les premières communautés chrétiennes

Quand se constituent les premières communautés chrétiennes, le presbytérat, expression et institutionnalisation du principe d’ancienneté, apparaît alors comme une structure transversale aux milieux grec et juif et non pas seulement comme un modèle hérité de la Bible. Le concept d’ « Ancien », distinct de celui de « vieillard », est relatif puisqu’il repose sur une bipolarisation et l’opposition entre les Jeunes et les Anciens. Il correspond davantage à une génération qu’à une classe d’âge précise et fournit un modèle sociétal qui privilégie l’autorité et l’expérience. La question de l’antagonisme des générations est un lieu commun de la pensée grecque. L’examen des réalités du christianisme primitif montre le principe d’ancienneté y a joué le même rôle que dans les autres communautés antiques, générant sans doute des conflits analogues. L’originalité des églises est d’avoir fait évoluer le presbytéros d’une figure d’autorité à une figure constitutive de la tradition.

Le construit-déconstruit des âges de la vie

Le concept d’âges de la vie est un construit social qui a connu des développements divers au cours des siècles. Les mutations contemporaines (augmentation de l’espérance de vie, technologisation de l’existence, morcellement du travail professionnel, mobilités, recomposition des familles…), transforment et remodèlent la segmentation de l’existence. L’auteur propose un état des lieux identifiant quelques-unes des ruptures récentes les plus significatives, avec leurs conséquences paradoxales : brouillage des âges, lutte des âges, solidarité intergénérationnelle, déconstruction et recomposition des segments du cycle de vie, reconfiguration des rôles… pouvant faire préférer l’idée de parcours de vie à celle d’âge de la vie. L’auteur discute enfin du rôle et de la place de la théologie chrétienne dans ces évolutions et en particulier à l’aune des promesses transhumanistes qui ne manquent pas de l’interpeler.

De l’« An Deus sit » à l’« Ubi Deus est ». Esquisse pour une théologie de l’Adresse et de l’ invocation comme forme de connaissance

S’adresser à Dieu relève d’une expérience qui ne saurait être assimilée ou réduite à une détermination seconde de l’expérience religieuse, moins originaire que l’auto-surgissement de l’Idée de Dieu à la conscience. En théologie chrétienne, l’adresse et l’invocation offrent une particularité qui ne peut être ignorée, tant elle est solidaire de la constitution de l’objet de foi dans sa forme la plus originaire : l’annonce kérygmatique et ses formes très spécifiques de réalisation, qu’elles soient doxologiques, liturgiques ou parénétiques. Esquisser une théologie de l’ « Adresse » relève donc d’une démarche de théologie fondamentale intégrant le domaine de la foi trinitaire et requalifiant du même coup les catégories de la métaphysique qui servent à circonscrire le domaine et le champ de la présence de Dieu à toutes choses. Partir d’une théologie de l’« Adresse », c’est offrir la possibilité de sortir de la seule problématique de l’ubiquité divine pour envisager la question du « lieu » de Dieu (ubi Deus est) en y intégrant de facto et de jure la

À qui s’adresser

L’article montre qu’il s’agit d’une question originaire et non pas d’une question qui suivrait le constat d’un problème : elle provient d’un « soi » qui s’adresse, se remet à quelqu’un d’autre, dans et pour son existence même ; l’expérience même d’être « quelqu’un », un « soi », dépend de cette relation et de cette adresse « à » quelqu’un d’autre. S’adresser « au divin » ou « à quelqu’un » : cette distinction interroge l’expérience humaine dans la relation du soin, dimension vitale de l’adresse. Car l’expérience humaine s’avère être déchirée de l’intérieur entre une destruction extrême et une création extrême. Mais il y a aussi des actes ou des paroles en acte qui semblent témoigner pour une relation possible entre les humains, par-delà leurs séparations et leurs ruptures. Tout comme certains soins originaires, certains actes ou certaines paroles viennent répondre à celles qui demandent entre les humains une réparation ou un témoignage de ce qui reste possible et ouvert.

Comment l’adresse à Dieu est-elle possible ?

En référence aux gestes de Hegel et de Kant, on met en contraste deux abords concurrents de la question de la religion : l’une par une justification de la foi ; l’autre, par une explication de Dieu. Tandis que la philosophie de la religion, chez Kant postule qu’il y a un Dieu, elle entreprend, avec Hegel, d’exposer qui est Dieu. La confrontation de ces deux gestes philosophiques éclaire le programme philosophique d’une réconciliation de la raison et de la religion.

La prière comme pratique religieuse. La quête d’une dimension ultime dans la spiritualité athée, le bouddhisme et la religion théiste

Le concept de « préoccupation ultime » proposé par Paul Tillich est un outil utile pour cerner la nature englobante de l’engagement religieux, c’est-à-dire le fait qu’un tel engagement imprègne la vie des croyants et se manifeste dans une pléthore d’activités. L’article avance que la prière, entendue comme une pratique soutenue et concrète, est une des composantes les plus importantes d’une vie proprement « religieuse », tout en reconnaissant que les formes aussi bien que les visées de la prière varient grandement dans les différentes religions mondiales selon la manière dont elles conçoivent l’objet de leur pratique religieuse.

Dieu a changé. Où le trouver ?

Toutes les recherches le montrent : en Europe, la représentation de Dieu a changé. Lorsque son existence n’est pas niée ou lorsqu’elle n’est pas marquée par le doute, la vision de Dieu comme étant une personne s’efface très souvent au profit de sa conception comme étant une force ou un esprit anonyme. Et de transcendant, il devient parfois immanent. Ce n’est donc plus nécessairement dans la religion qu’on le cherche mais bien dans la nature, les arts… Pour beaucoup dès lors, il n’est plus question de religion mais bien de spiritualité.

Sensus fidei fidelium. Enjeux d’avenir d’une notion classique

S’il est une notion qui, à notre époque, fait un retour dans le discours ecclésial et intéresse les théologiens, c’est le sensus fidei fidelium. Est-ce pour répondre à l’air du temps citoyen ou bien pour s’interroger, dans une situation de non évidence de la proposition chrétienne, sur la « boussole » interne qui permet de la maintenir vivante ? L’article répond à cette question en situant le sensus fidei fidelium dans l’ « architecture » relationnelle, toute en tensions, de la tradition ; il analyse ensuite les mutations historiques, intervenues au sein de celle-ci, et s’ouvre ainsi sur les potentialités d’avenir que contient cette notion, au moment historique qui est le nôtre.

Sensus fidei et vision de l’Église chez le pape François

Le thème du sensus fidei, relativement discret chez le pape François, semble cependant occuper un emplacement stratégique. Il prend tout son sens dans le contexte de la « théologie du peuple », développée notamment par les théologiens argentins dans la foulée de Lumen gentium et d’Evangelii nuntiandi, qui informe le document d’Aparecida et est reçue par le pape. Celui-ci insère le sensus fidei dans un ensemble de réalités (expression des fidèles, synodalité, rôle des Églises particulières…) qui peut seul le rendre opératoire. La question est posée de la transposition aux Églises des sociétés dites occidentales d’une théologie née dans un contexte social et ecclésial différent.