L’impact de la Première Guerre mondiale sur la théologie française : le cas Teilhard de Chardin

La pensée de Pierre Teilhard de Chardin a marqué l’histoire de la réflexion chrétienne au XXe siècle. Il se trouve qu’elle s’élabore au cours de la Première Guerre mondiale. À travers les nombreux écrits de cette période, les principaux thèmes sont élaborés. La réflexion sur la dimension cosmique et évolutive de l’existence humaine n’occulte pas la question du mal.

La Première Guerre mondiale et la mise en crise de la théologie protestante germanophone et francophone

En théologie protestante de langue allemande, la Première Guerre mondiale a été l’occasion d’une mise en question radicale des positions théologiques dominantes jusqu’alors. Des voix, dont celle du jeune Karl Barth, se sont élevées contre la théologie patriotique proposée au début de la guerre par les plus grandes figures théologiques de l’époque (Adolf Harnack, Wilhelm Herrmann et Ernst Troeltsch). À l’instar de Rudolf Bultmann, nombre de théologiens allemands d’abord aveuglés par le puissant élan patriotique des premiers mois de guerre ont, par la suite, questionné certaines associations trop rapides entre le destin de leur pays et la providence divine.

Le droit de guerre juste

Le droit de guerre juste, théorisé par les théologiens chrétiens, a développé des critères qui humanisent et rationalisent le jus ad bellum. Dans le contexte de la conquête espagnole, cette rationalisation a permis de penser des rapports justes avec les Indiens et de jeter les bases d’un droit international. Mais ce droit a préparé à son insu le nouvel ordre spatial des États modernes. Ce nouvel ordre s’est retourné contre l’idée d’une « juste » guerre, la Première Guerre mondiale en constituant le point d’aboutissement. Mais celle-ci a suscité en retour de nombreuses discussions sur le droit de guerre juste qui mériteraient d’être poursuivies dans le sens d’une réflexion sur une dialectique théologico-politique de la guerre et de la paix.

Patriotisme et théologie

Une convergence s’opère en 1914-1918 entre foi en Dieu et foi en la patrie. Comment la théologie justifie-t-elle cette représentation patrioticoreligieuse ? En même temps, des chrétiens continuent à promouvoir la paix et à défendre l’universalité de l’Église. Se rejoignent alors une théologie d’inspiration patriotique et un patriotisme justifié par la théologie qui cherchent à dépasser ces contradictions. Leurs discours motivent des engagements caritatifs et propagandistes ; ils affirment que la guerre est juste, sainte et divine ; ils fondent une théologie en acte qui fait du champ de bataille un Golgotha et du soldat mourant un nouveau Christ. Cela révèle l’extension de la guerre totale qui s’imprègne de toutes les forces vives, y compris religieuses.

Au-delà de 2017

La commémoration des origines de la Réforme en l’année 2017 est un jalon sur un itinéraire en vue de la pleine communion. Le dialogue luthéro-catholique a déjà permis d’atteindre un consensus sur des questions fondamentales et doit trouver là un élan pour franchir de nouveaux pas. Encore faut-il persévérer dans une expérience proprement spirituelle de réconciliation et de guérison, par-delà les blessures héritées du passé. Le dialogue doit aussi se poursuivre sur le plan doctrinal ; l’article montre comment il serait possible d’aller de l’avant sur des questions controversées, comme celles de la succession apostolique et du ministère de communion dans l’Église universelle.

Luther et la théologie luthérienne dans le mouvement oecuménique

Luther et la théologie luthérienne sont deux choses bien distinctes, et doivent l’être plus encore dans un âge oecuménique. Les simplifications du confessionnalisme ont laissé la place à un travail de reconstruction critique, à la fois entre Églises luthériennes séparées par des divisions, entre Églises de la Réforme, ou dans le cadre du dialogue luthérien-catholique. De remarquables acquis méthodiques ainsi que thématiques ont été atteints, ouvrant la voie à des communions ecclésiales. Comment faut-il aborder les points d’achoppement qui demeurent ?

Église catholique, réforme et méthodologie oecuménique

La méthodologie du consensus différencié, mise en œuvre dans le dialogue luthéro-catholique, a permis d’obtenir un accord historique sur la justification. Elle a d’ores et déjà pu être appliquée à d’autres sujets. Elle ne saurait toutefois être considérée comme la voie unique dans le processus de recomposition de l’unité. Une meilleure articulation avec la notion de réforme permet de mettre en évidence ce que l’interpellation luthérienne garde d’actuel, sans pour autant figer le débat à un stade historique de cimentation des différences confessionnelles.

Luther d’après les recherches récentes

Université de Strasbourg Luther a repris les dogmes de l’Église ancienne et s’est inspiré des Pères de l’Église ancienne ainsi que des écrits de la mystique rhénane et de la théologie de la piété du XVe siècle, tout en les jugeant à l’aune de l’Écriture sainte qui est, pour lui, l’autorité principale. Dans ses premiers cours, il souligne que la justice de Dieu annoncée par l’Évangile est une justice miséricordieuse. C’est de cette justice que le croyant, malgré son péché, peut vivre. En 1517 ses 95 thèses critiquent la pratique des indulgences. Il qualifie le pape d’Antichrist et en appelle au concile et aux autorités temporelles de l’Empire. Il n’admet plus que deux sacrements, proclame le sacerdoce universel de tous les chrétiens et se résout à la mise en place d’Églises évangéliques distinctes de l’Église romaine, desservies par des pasteurs mariés et célébrant le culte dans la langue du peuple. L’article présente la démarche et les affirmations théologiques de Luther,

Nomination de Dieu, invocation de Dieu. Une typologie des manières de s’adresser à Dieu dans la Bible

Il est proposé de postuler qu’aux figures plurielles d’un soi répondant à l’appel divin polymorphe correspondent des manières de s’adresser à Dieu : à une identité fondée correspondrait la louange, à une identité ébranlée la supplication et à une identité à la fois singularisée et universalisée la confession. L’hypothèse sert de mode opératoire pour un sujet dont le traitement pourrait courir le risque de demeurer descriptif. Ces manières mêmes de s’adresser à Dieu sont révélatrices de Celui qui en est le destinataire, de sorte que s’impose encore l’interrogation de la nomination de Dieu. On évitera de simplifier le propos en soulignant la perméabilité et la circularité des catégories.

Le rapport à Dieu dans la liturgie

Comment s’adresse-t-on à Dieu dans la célébration eucharistique ? Comment la relation à l’humanité envers Dieu et de Dieu envers l’humanité y est-elle qualifiée et interprétée ? Il ne va pas de soi qu’on lise l’Ordo Missae comme une vraie source théologique. Or, la liturgie en tant que doxologie primaire au sens que lui donne Jean-Yves Lacoste dans son dictionnaire de théologie, nous invite à reconsidérer nos théologies usuelles, exercice toujours trop rare. La liturgie invite et incite à reconsidérer notre idée d’orthodoxie : d’abord une juste louange, ensuite l’exactitude doctrinale. L’auteur nous propose cette réflexion selon une méthodologie consistant en une lecture approfondie et une analyse sémantique de l’Ordo Missae dans la plus récente version latine du Missel Romain.