Intelligence artificielle et transhumanisme : vers une redéfinition de l’humain ?

Le transhumanisme est une contestation de la conception classique de l’humain, puisqu’il fait de celui-ci un être de technique et sans essence propre, donc potentiellement sans limites. C’est dans ce cadre d’une redéfinition de l’humain que la question de l’intelligence artificielle doit être posée, ce que nous faisons en en présentant les principaux enjeux. Les progrès des programmes informatiques conduiront-ils à une intelligence artificielle générale et forte supérieure à l’intelligence humaine ? Et si oui, celle-ci sera-t-elle bénéfique ou dangereuse ? Sera-t-elle pour l’humanité comme un nouveau Dieu ?

Les techniques d’Intelligence Artificielle : histoire, développements et défis

L’Intelligence Artificielle (IA) semble s’imposer aujourd’hui dans tous les domaines de la société. Pour mieux cerner le potentiel et les risques de cette intégration, cet article propose une réflexion en trois temps. La première partie situe l’IA dans le champ des techniques. Elle présente les fondements des familles de techniques d’IA de façon à positionner leurs capacités et leurs limites. La seconde partie présente les espoirs qu’ouvre l’usage de l’IA dans différents domaines. Enfin, une troisième partie apporte un éclairage plus réflexif à partir de quelques grands enjeux éthiques et environnementaux liés à ces techniques.

(Que) pouvons-nous connaître (de) Dieu ?

Les discours portant sur « la connaissance des choses divines » ont été partiellement remodelés par la transposition vers le champ théologique du lexique et des méthodes propres à l’épistémologie contemporaine. Inspirée par ces tentatives, cette contribution distingue sept façons principales de répondre aux questions formulées quant à la possibilité même de produire pareille connaissance comme à celles qui, plus avant, cherchent à préciser sa nature, ses modalités et ses frontières. Elle met en évidence les connexions et les fractures au travers desquelles les modèles ici distingués sont inscrits dans la trame et parfois les pièges d’un monde langagier partagé.

L’Église au sein de l’histoire messianique de l’humanité

L’enjeu de cet article est de faire comprendre, dans un même mouvement, ce qui, à l’âge de l’anthropocène, advient à notre commune humanité sur notre terre et ce que la Communio Ecclesiarum est appelée à devenir pour être fidèle à sa mission. Presque soixante ans après l’ouverture de Vatican II, la convocation d’un « synode sur la synodalité » en octobre 2021 élargit la manière de procéder du Concile à l’ensemble des Églises particulières et active ainsi leur statut œcuménique de « peuple messianique » (Lumen gentium, 9). On commencera par expliciter l’enjeu de cette focalisation sur une conception messianique de l’histoire et les possibilités herméneutiques qu’elle nous offre dans la tâche d’interprétation de la situation actuelle de l’humanité sur notre terre et de reconfiguration de la mission de l’Église. On reviendra ensuite sur le concile Vatican II et on précisera comment cette vision messianique peut éclairer les apories du corpus conciliaire, qui se sont révélées lors du processus de réception, et ouvrir ses potentialités d’avenir.

Éditorial 111/3

Ce numéro renoue avec la tradition de la revue de publier un recueil de varia à intervalles réguliers. Le lecteur pourra lire deux articles substantiels, l’un de Christoph Theobald, que nous sommes heureux de retrouver comme auteur, l’autre de Benoît Vermander, jésuite français lui aussi, professeur de Sciences religieuses à Shanghai. Christoph Theobald, dans « L’Église au sein de l’histoire messianique de l’humanité », revient sur la nécessité pour le christianisme de reprendre la compréhension de la communion des Églises. Les raisons sont à la fois internes au mouvement de la foi, si nous acceptons de prendre en compte la tâche prophétique du peuple messianique qu’est l’Église. Mais les raisons tiennent aussi au temps que nous vivons, à l’âge de l’anthropocène, non parce qu’il faudrait s’aligner sur une mode écologique, mais précisément parce qu’il est donné à ce même peuple messianique la tâche de lire les signes des temps. L’urgence écologique se double, en quelque sorte, d’une urgence ecclésiologique à penser dans des

Laudato si’ : un changement dans ce que signifie la conversion ?

L’encyclique Laudato si’ appelle de manière prophétique à la conversion écologique. S’il n’est pas question de remettre en cause cette lecture, l’auteur analyse le déplacement qu’opère le pape François du discours de conversion à lui donnant un tour sapientiel afin de s’adresser à des lecteurs non-chrétiens et de poursuivre, dans le dialogue, la recherche de solutions pour prendre soin de la maison commune. C’est pourtant au cœur de cette ouverture qu’est maintenue le lien intrinsèque de la conversion écologique à la confession de foi, lien figuré par la référence à François d’Assise ; à la fois sage et saint. S’esquissent ainsi les contours d’un langage d’appel à la conversion écologique selon l’Esprit de Jésus-Christ, propre à une spiritualité vécue dans un temps de postchrétienté.

La « conversion écologique » : un concept pas si évident en éthique

La contribution cherche à comprendre la fascination pour l’idée d’une conversion écologique qui semble être tellement évidente et reste malgré tout confrontée à une réalité peu favorable à un tel discours et à un véritable changement de comportement. L’utilisation du mot « conversion » évoque un champ sémantique complexe et contaminé, notamment dans le contexte de la communication religieuse. Si l’éthique théologique ne veut pas se contenter de l’exégèse des encycliques, elle doit entrer dans une analyse plus critique des niveaux de l’exhortation, de la motivation et de l’argumentation en dialogue avec les sciences humaines. Une éthique théologique compréhensible et crédible est appelée à sortir de sa bulle convictionnelle pour que l’idée noble d’une conversion écologique devienne opérationnelle.

Faut-il une conversion écologique de l’agir politique ?

Pour répondre aux défis de la transition écologique, il faut une transformation profonde de l’agir politique. Mais le terme de conversion est-il adéquat pour décrire cette transformation ? Les appels des prophètes à la conversion politique peuvent nous inspirer, à condition de les transposer de manière analogique au contexte moderne. La conversion peut alors être comprise comme la réorientation de l’agir politique lorsqu’il n’est plus aligné avec le bien commun.

Penser globalement, agir localement : une maxime pour l’écologie politique ?

« Penser globalement, agir localement » ? Bien trouvée dans les années 1970 alors que la crise environnementale prenait une ampleur planétaire, la formule a perdu peu à peu de sa pertinence. Certes le global a pris de plus en plus d’importance, c’est au niveau global que se sont concertés les scientifiques et réunis les politiques. Mais outre qu’elle a révélé ses limites (elle lance l’alerte mais ne permet pas d’agir) cette globalisation extrême a occulté les actions locales, les faisant paraître négligeables. Elles existent pourtant, multiples, vivaces, inventives. Pour dépasser la scission entre une globalité terrifiante et des localismes éparpillés, il faut réinterroger les notions de global et de local. Il ne s’agit pas tant d’opposer le global et le local que de distinguer deux types de globalisation.  L’une qui homogénéise la diversité des données dans une globalité préexistante héritée de l’espace et du temps galiléo-newtoniens. L’autre, que l’on peut nommer mondialisation, qui correspond à l’ensemble des processus par lesquels les vivants,

Relier le cri des pauvres et le cri de la terre : vers quels chantiers théologiques et quelles pratiques ecclésiales ?

Relier le cri des pauvres et le cri de la terre ouvre de nouveaux chantiers théologiques et pratiques. L’article développe trois d’entre eux. Les recherches en éco-théologie de la libération montrent que la Bible peut fournir un imaginaire utopico-critique capable de transformer nos imaginaires idéologiques et nos pratiques dominatrices. L’examen de notre rapport au temps indique une désynchronisation avec le temps de la nature et le temps des pauvres qui appelle à un regard vers l’histoire du salut et la pratique du sabbat. Enfin la crise actuelle appelle à développer de nouvelles attitudes intérieures et en particulier la vertu d’espérance dont les pauvres sont des maîtres.