La chute de Rome, une rupture dans le rapport au temps et à l’histoire ?

La chute de Rome semble marquer un tournant inexorable dans le rapport au temps et à l’histoire. Mais, plus que la fin du monde, n’est-ce pas la fin d’un monde ? En écrivant la Cité de Dieu, saint Augustin devra se situer tout à la fois vis-à-vis des païens qui accusèrent les chrétiens d’être responsables de ce désastre et des chrétiens désemparés par l’invasion barbare. Ne peut-on pas y voir, en reprenant Hannah Arendt, un commencement, qui, selon ses propres termes, apparaît toujours comme un miracle ?

Philosophes devant l’histoire

La philosophie ne s’est pas toujours intéressée à l’histoire, entendue comme développement immanent de l’aventure humaine, finalisé vers un but atteignable par l’industrie des hommes. Un tel intérêt est désormais compromis devant le constat des désillusions engendrées par ces grandes épopées idéologiques. Dès lors faut-il s’incliner devant le fait que présentisme et fatalité dominent désormais pensée et action ? Et si oui, à quel prix ?

Bulletin de théologie systématique (1) : Jésus-Christ (104/4 – 2016)

, Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris Ayant été chargé depuis 2007 de deux Bulletins critiques de théologie systématique sous l’unique titre « Jésus – Christ, Dieu – Trinité », un nouveau découpage fait que l’auteur recense désormais les travaux de christologie, laissant les ouvrages de théologie trinitaire à Vincent Holzer. Qu’il soit vivement remercié d’avoir accepté cette tâche. I. Jésus et l’Église naissante 1. Jean-Noël Aletti, Jésus, une vie à raconter. Essai sur le genre littéraire des évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc, Lessius, Namur, 2016, 155 p. 2. Jacques Schlosser, Le groupe des Douze. Les lueurs de l’histoire, Éd. du Cerf, Paris, 2014, 119 p. 3. Armand Puig I Tàrrech, Jésus. Une biographie historique, DDB, Paris, 2016, 837 p. 4. José Antonio Pagola, Jésus. Approche historique, Éd. du Cerf, Paris, 2012, 543 p. 5. John Shelby Spong, Jésus pour le XXIe siècle, Karthala, Paris, 2014, 328 p. 6. Gerhard Lohfink, Gesù di Nazaret. Cosa volle – Chi fu, Queriniana, Brescia, 2014,

L’ancienneté dans les premières communautés chrétiennes

Quand se constituent les premières communautés chrétiennes, le presbytérat, expression et institutionnalisation du principe d’ancienneté, apparaît alors comme une structure transversale aux milieux grec et juif et non pas seulement comme un modèle hérité de la Bible. Le concept d’ « Ancien », distinct de celui de « vieillard », est relatif puisqu’il repose sur une bipolarisation et l’opposition entre les Jeunes et les Anciens. Il correspond davantage à une génération qu’à une classe d’âge précise et fournit un modèle sociétal qui privilégie l’autorité et l’expérience. La question de l’antagonisme des générations est un lieu commun de la pensée grecque. L’examen des réalités du christianisme primitif montre le principe d’ancienneté y a joué le même rôle que dans les autres communautés antiques, générant sans doute des conflits analogues. L’originalité des églises est d’avoir fait évoluer le presbytéros d’une figure d’autorité à une figure constitutive de la tradition.

Sensus fidei, sensus fidelium. Histoire d’une notion théologique discutée

Sensus fidei et sensus fidelium sont souvent invoqués à l’appui de telle position ou évolution doctrinale. Comment comprendre cette notion théologique ? Comment discerner ce « sens des fidèles » dans la vie ecclésiale ? S’y confond-il avec une opinion majoritaire ? Quelles sont les responsabilités respectives des théologiens et des pasteurs à son égard ? La relecture historique de la tradition chrétienne ici proposée apporte certaines clarifications sur les différents aspects de la question.

Bulletin d’histoire de l’exégèse (104/1 – 2016)

Qu’est-ce que l’histoire de l’exégèse ? Si la question vaut d’abord pour elle-même du fait qu’on s’interroge depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires, sur l’histoire – et l’historiographie – en général, elle peut aussi relever d’une pertinence particulière à un moment donné et dans un cadre particulier. C’est dans ces deux derniers cas que nous nous situons et qu’une telle question surgit pour ce Bulletin en fonction de la diversité, voire de l’étroite précision de tel ou tel ouvrage, mais touchant directement ou indirectement, et de façon significative, à la spécialisation de ce Bulletin. Tant qu’il s’agit d’œuvres explicitement et quasi totalement liées à la Bible, les choses vont de soi, même s’il nous a fallu, dans l’un ou l’autre cas, faire le départ entre ce qui relevait de la recherche pure et ce qui relevait d’une certaine vulgarisation. Si, dans ce dernier cas, nous avons retenu des ouvrages, c’est que non seulement ils étaient assurés par des spécialistes en

La mystique : une histoire au présent

Le présent article se propose d’analyser le projet de La Fable mystique en tant que démarche historienne. En l’abordant sous cet angle, nous souhaitons mettre en évidence le style singulier de Michel de Certeau. Trente ans après le premier tome, la publication de La Fable mystique II continue un itinéraire : les mêmes intuitions se trouvent étayées, des contenus déjà annoncés y sont élaborés. En prenant en considération les deux volumes, cet article met en lumière une préoccupation centrale de Michel de Certeau, celle de ne pas séparer les recherches sur la mystique du présent de celui qui l’étudie. Il cherche ainsi à saisir la relation établie entre l’historien, son objet et son présent. La mystique, science éphémère aux XVIe et XVIIe siècles, objet historique étrange qui noue l’expérience au langage, se fait et se défait sous la plume de Michel de Certeau. Elle finit par ne plus avoir de lieu propre, fixé d’avance dans un périmètre littéraire déterminé. Le discours

Prophète et historien

À première vue, tout sépare les grands historiens grecs et les grands prophètes d’Israël. Le prophète est le porte-parole du Dieu unique qui l’a choisi et requis, l’historien s’emploie à ne parler qu’en son nom propre de ce qui a eu lieu. Entre les deux univers, celui de « l’historien » et celui du prophète, il n’y a, semble-t-il, guère d’interférences. Sauf que nous avons un témoignage du Ie siècle après J.-C., celui de Flavius Josèphe, qui soutient expressément le contraire. La perspective comparatiste de cet article, cherche à montrer que ces deux figures ne sont pas incommensurables en les mettant en tension, en les questionnant l’une par l’autre.

La théologie : Une science fondamentale ?

Peu de théologiens, dans la période contemporaine, oseront user de l’expression « science fondamentale » pour caractériser, voire définir la dimension de scientificité qui revient à la théologie. Dans ce contexte, ce n’est pas le mot de « science » qui pose difficulté mais bien le caractère fondamental attribué à cette science. L’auteur dresse dans un premier temps un état des lieux de cette question disputée avant de considérer le caractère spécifique de la théologie dans le cadre de la révélation et de sa dimension christologique et trinitaire. Ce contenu implique que la théologie-science est aussi une scientia de singularibus.