Croire en commun – une affaire de style ?

L’objectif de cette contribution est de penser la lente sortie de la tradition catholique de l’édifice doctrinal de la fides ecclesiae médiévale en discutant les résistances qui s’y opposent. Dans la perspective du colloque qui consiste à repenser la place de la théologie comme « science de la foi » parmi les sciences sociales, elle s’appuiera sur le geste fondateur de celles-ci, posé par les Émile Durkheim, Ernst Troeltsch, Rudolph Sohm et Max Weber : le premier installant l’Église comme objet dans le champ du social, lui enlevant tout privilège ontologique et la mettant au cœur  du social, le deuxième distinguant trois types de socialisation chrétienne en interaction (Église, secte, mystique) et les deux autres initiant l’intérêt pour la structure charismatique de la communalisation sociale et ecclésiale. Le « théologique » qui, dans ce geste différencié se révèle à la racine des sciences sociales place la théologie face à une « héritière » et la met en position d’apprentissage critique. Comment dès lors comprendre et penser la sortie de la fides ecclesiae médiévale et

L’Église au sein de l’histoire messianique de l’humanité

L’enjeu de cet article est de faire comprendre, dans un même mouvement, ce qui, à l’âge de l’anthropocène, advient à notre commune humanité sur notre terre et ce que la Communio Ecclesiarum est appelée à devenir pour être fidèle à sa mission. Presque soixante ans après l’ouverture de Vatican II, la convocation d’un « synode sur la synodalité » en octobre 2021 élargit la manière de procéder du Concile à l’ensemble des Églises particulières et active ainsi leur statut œcuménique de « peuple messianique » (Lumen gentium, 9). On commencera par expliciter l’enjeu de cette focalisation sur une conception messianique de l’histoire et les possibilités herméneutiques qu’elle nous offre dans la tâche d’interprétation de la situation actuelle de l’humanité sur notre terre et de reconfiguration de la mission de l’Église. On reviendra ensuite sur le concile Vatican II et on précisera comment cette vision messianique peut éclairer les apories du corpus conciliaire, qui se sont révélées lors du processus de réception, et ouvrir ses potentialités d’avenir.

L’immédiateté de Dieu dans l’ordinaire de la vie chrétienne : les charismes au service d’une Église synodale

La théologie des charismes pâtit jusqu’à aujourd’hui d’une assimilation des charismes à l’« extraordinaire » : Dieu ne pourrait se donner de manière immédiate que dans l’« extraordinaire ». Cet article vise au contraire à mettre en évidence comment les charismes s’inscrivent dans l’ordinaire de la vie vertueuse et se déploient en vocations au service du Royaume. Dans cette perspective, en conjonction avec le sensus fidei, ils contribuent au discernement de l’Esprit à l’œuvre dans l’Église, appelée à être toujours plus authentiquement synodale.

La théologie rahnérienne de la grâce et « L’Église et les autres »

Le travail théologique de Rahner a accompagné Vatican II dans son changement de regard sur les autres religions. L’originalité de Rahner a été de dire comment des hommes peuvent être sauvés en dehors d’une foi explicite au Christ. Ce comment est fondé dans sa théologie de la grâce : tout être humain est destinataire de l’offre de la grâce divine, et reçoit la capacité de s’y ouvrir.

Itinéraire de Karl Rahner

Partant de l’intervention de Karl Rahner au colloque à Budapest sur « La responsabilité de l’homme dans le monde d’aujourd’hui », quelques semaines avant sa mort en 1984 – en quelque sorte son testament théologique –, l’article présente l’itinéraire du théologien, se focalisant sur sa vision du « monde ». Ayant contribué au changement de cette vision dans l’Église, la pensée de Karl Rahner s’est transformée elle-même dans cette évolution.

Ce que la liturgie donne à voir des ministères

Le contexte actuel de crise sanitaire mondiale et de crise des abus dans l’Église invite les théologiens à renouveler leurs approches. Ceci vaut pour la question des ministères en liturgie. Parce que les célébrations « donnent à voir » ce que les discours peuvent omettre de considérer, voire ce que l’on peut parfois chercher à occulter, la liturgie est en quelque sorte le miroir des impensés en matière ecclésiologique, ces présupposés qui suscitent des réactions spontanées au changement ou qui soutiennent des évidences ou des habitudes non critiquées. En relisant certains aspects de l’héritage du dernier Concile, l’article s’attache à mettre en lumière les apories que créent les décalages entre les discours et les pratiques.

Karl Rahner – La puissance d’engendrement d’une pensée

Partant de la fécondité effective de l’œuvre de Karl Rahner, l’article s’interroge sur l’impulsion qui a rendu possible son ampleur exceptionnelle. Il n’en scrute donc pas telle partie ou tel contenu mais s’intéresse à la genèse ou à la « puissance d’engendrement » de la pensée du théologien jésuite. Pour cela, il part de son itinéraire et repère les tournants et la différenciation interne de sa théologie, pour en dégager le « ressort » qui se trouve dans une sensibilité spirituelle aux « nouveaux commencements », à repérer et à penser au sein de notre histoire humaine et dans la tradition chrétienne. L’article tente de vérifier cette hypothèse à partir de quelques situations-clés. Instruit par ces leçons, il reviendra au contexte actuel où, à la suite de Rahner et en pensant avec lui et non pas comme lui, les théologien(ne)s peuvent trouver leur propre impulsion en apprenant à discerner le « kairos » théologique qui leur est offert.

L’un et l’autre Peuple de Dieu. Christ, Peuple et Écriture, après la théologie de la substitution

Institut Catholique de Paris – UR « Religion, Culture et Société » – EA 7403 Cet article veut explorer ce que la sortie de la théologie de la substitution, qui valorise la permanence d’Israël, peut avoir comme conséquence pour l’ecclésiologie fondamentale. Partant d’une intuition féconde de Kurt Koch, sur la place des développements de l’exégèse dans l’émergence puis dans la réception de Nostra ætate nº 4, l’article traverse deux documents essentiels de la Commission biblique pontificale (1993 et 2001) en examinant les rapports entre l’Écriture et le peuple de Dieu. L’avant-propos de Joseph Ratzinger à Jésus de Nazareth, paru en 2007, confirme la difficulté à articuler le plan exégétique et le plan ecclésiologique, pour faire droit en même temps à la nouveauté en Jésus-Christ et à la permanence du peuple juif. Il s’agit d’articuler ce que l’exégèse connaît depuis longtemps à propos de l’un et l’autre Testament avec ce que l’ecclésiologie peut encore découvrir en honorant christologiquement les liens dialectiques entre l’un et l’autre peuple

Un cahier des charges pour la christologie après Nostra aetate

Le paragraphe 4 de la déclaration conciliaire Nostra ætate concernant la religion juive a marqué un tournant symbolique dans la réflexion chrétienne sur le peuple juif et le judaïsme, sans pour autant lever toutes les difficultés héritées de l’histoire complexe entre le peuple juif et l’Église, ni les défis théologiques qui se dégagent lorsqu’est affirmée la validité permanente de l’Ancienne alliance. Après avoir retracé les avancées de la théologie catholique dans son rapport au Judaïsme, l’article met le doigt sur l’insuffisance de leur approche christologique et se propose, à la lumière de certains théologiens qui ont commencé à travailler dans ce domaine, d’élaborer le cahier des charges d’une christologie en rapport avec ce tournant symbolique de Nostra ætate §4.

La notion d’apostolicité selon Vatican II

Dans les recherches sur Vatican II, la notion d’apostolicité n’a pas été sujet d’une étude détaillée, bien qu’elle soit un des fondements de l’ecclésiologie. Notre étude est un premier essai. Le terme est intimement relié à la mission de l’Église. Apostolicité invoque toujours une manière de vivre et une doctrine. La personne et la prédication du Christ sont centrales : les apôtres, les évêques, les prêtres, les laïcs doivent s’engager dans la ligne du fondateur. Le rôle central du successeur de Pierre crée des tensions profondes dans les relations internes (primauté versus collégialité ; centralité versus autonomie des Églises locales). Dans les relations avec les autres dénominations chrétiennes, la place centrale du Saint Siège cause aussi des problèmes, même si le concile Vatican II a souligné les valeurs évangéliques réalisées par les autres Églises et dénominations chrétiennes.