Bulletin de théologie morale (114/1 – 2026)

Comme pour les livraisons précédentes, notre bulletin de théologie morale se concentre sur les questions de morale fondamentale. Il cherche donc à examiner cette discipline tant dans son travail de fond concernant sa méthode (place de la Bible, de la Révélation, de la philosophie, des sciences humaines et autres disciplines), que dans la créativité qui se manifeste dans la rencontre avec les thématiques nouvelles issues de l’actualité sociale et ecclésiale et de la réflexion contemporaine. Des ouvrages plus centrés sur une thématique particulière peuvent donc y être inclus lorsque leur exposé met en relief une dimension plus fondamentale. Trois parties composent ce bulletin. La première partie continue le dialogue suscité par l’exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia (dont nous fêtons les 10 ans en 2026) et la possibilité que celle-ci ouvre un nouveau chemin, voire suscite un nouveau paradigme de théologie morale. La deuxième partie aborde les ouvrages qui traitent de l’histoire de la théologie morale dans la Tradition catholique, avec

Hommes et femmes, discerner ensemble la tradition de l’Évangile

Dans les débats actuels qui traversent l’Église catholique, les voix féministes sont parfois disqualifiées a priori comme excessives, non seulement par des hommes, mais aussi par des femmes qui ont une vision négative du féminisme ou qui veulent être intégralement « loyales » envers l’Église catholique. Nous proposons ici une réflexion critique et constructive en quatre temps. Par le recours à l’épistémologie féministe telle qu’elle se définit hors du champ de la théologie, nous établirons d’abord qu’il est légitime et judicieux d’écouter avec soin les interpellations dérangeantes venant de femmes. Nous prêterons aussi attention à la voix d’une théologienne, Lucia Vantini, qui identifie dysfonctionnements et dénis dans l’Église catholique, sans congédier l’espérance. Nous argumenterons ensuite que la fructification de la charité est la visée unifiante de la tradition chrétienne, en vue de distinguer entre la tradition de l’Évangile et les traditions ecclésiales. L’objectif est de soutenir un discernement bifocal, par les hommes et les femmes en conversation, de la puissance de l’Évangile dans

Les femmes théologiennes dans le Chemin synodal en Allemagne. Perspectives pour une plus grande participation des femmes au sein de l’Église

L’essai porte sur la contribution de théologiennes au Chemin synodal de l’Église locale en Allemagne, notamment sur leur collaboration dans le Forum 3 « Les femmes dans les services et ministères ecclésiaux ». Le texte de base et les deux textes d’action proposés par le Forum et adoptés par l’assemblée synodale y sont analysés. Les argumentations théologiques sont intégrées dans l’histoire de la pastorale et de la théologie en Allemagne. Durant ces dernières années, des théologiennes se sont intensément intéressées aux arguments théologiques avancés en faveur de l’accès des femmes à des ministères sacramentels. En conclusion, ces débats sont intégrés dans le discours ecclésial à l’échelle mondiale.

« Cela n’est-il pas écrit dans le livre ? » Quand les femmes lisent les Écritures

La féminisation du corps enseignant en Écriture Sainte depuis les années 1980 en France est le fruit d’une longue et tumultueuse histoire qui a commencé un siècle plus tôt aux États-Unis. Les apports de l’approche féministe sont à l’origine d’une heureuse pluralité qui a profondément renouvelé l’exégèse. Aujourd’hui, hommes et femmes travaillent ensemble à l’interprétation des textes bibliques, au service de l’intelligence de la foi.

Quand les femmes font de la théologie dans les Églises de la Réforme

Cette contribution de théologie pratique montre divers seuils et parcours typiques de la manière dont les femmes protestantes se sont investies par leurs compétences théologiques dans les Églises « historiques » issues de la Réforme, avec quelques éclairages également concernant des personnalités d’Églises évangéliques : de la maison à des engagements sociaux, des Églises aux lieux internationaux, des universités aux presbytères et à l’espace public. On ne suivra pas les travaux d’universitaires, mais les théologiennes « de terrain », même si les frontières sont poreuses. Il apparaît qu’on ne saurait parler ni de théologie « de femmes » ni « du féminin », ni « féministe », la manière de s’engager et de raisonner étant pourtant clairement « réformiste » – réformatrice.

Qui sont les femmes qui enseignent en théologie dans un cadre catholique en France ?

L’objectif de l’article est de décrire qui sont les théologiennes enseignantes en France, d’abord en resituant les femmes parmi les laïcs dans la première moitié du XXe siècle, en examinant ensuite l’histoire propre des religieuses en matière de formation et d’enseignement théologique. L’exemple de l’Institut Catholique de Paris permet de présenter concrètement les étapes de l’entrée des femmes dans la théologie universitaire. Deux axes de réflexion sont déployés : la différence entre étudier et enseigner et le caractère singulier de la manière dont les théologiennes enseignantes en France se positionnent.

Editorial 114/1

Il existe dans l’Église catholique un paradoxe qui frise la contradiction : les femmes y sont investies dans de nombreux services et sans elles peu de paroisses pourraient se maintenir mais leur présence est empêchée et leurs voix presque inaudibles. Certaines figures féminines y sont certes louées, à commencer par Marie, « Mère de Dieu », honorée de tous les titres qu’on lui attribue. Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, et, plus récemment reconnue, Hildegarde von Bingen se tiennent à l’avant-garde. Mais occuper une place dans l’institution demeure aujourd’hui une exception. On a salué les nominations faites par le pape François : enfin, certaines femmes arrivaient au Vatican ! Manière de dire, en effet, car elles ont toujours été nombreuses, les petites mains des cuisines, de l’entretien et de la sacristie. Près de 25% du personnel de la Cité du Vatican est féminin. Les hauts offices étaient pourtant jusqu’à peu uniquement masculins. On vit d’abord une femme à la tête des musées du Vatican puis d’autres rejoindre

Bulletin d’Ecclésiologie (112/3 – 2024)

I. Actualité ecclésiale 1. RICCARDI Andrea, L’Église brûle. Crise et avenir du christianisme, tr. fr. Agnès Faller, Éd. du Cerf, Paris, 2022, 328 p. 2. BORGHESI Massimo, Francesco. La Chiesa tra ideologia teocon e « ospedale da campo », « Pensiero Cristiano », Jaca Book, Milano, 2021, 269 p. 3. HINZE Bradford E., Confronting a Church in Controversy, Paulist Press, New York/Mahwah NJ, 2022, 190 p. 4. DEVILLE Adam A.J., Everything Hidden Shall Be Revealed. Ridding the Church of Abuses of Sex and Power, Angelico Press, Brooklyn, 2019, 140 p. 5. LENNAN Richard, Tilling the Church. Theology for an Unfinished Project, Liturgical Press Academic, Collegeville, 2022, 264 p. 6. DORÉ Joseph, Le salut de l’Église est dans sa propre conversion, « forum », Salvator, Paris, 2021, 387 p. 7. ECKER Emmanuel, Le territoire ne fait pas l’Église. Vers un nouveau rapport de l’Église à la territorialité ?, « Patrimoines », Éd. du Cerf, Paris, 2022, 350 p. II. Synodalité 8. CHOLVY Bernadette, FORESTIER Luc, Un catholicisme sous pression. Vatican II et nos questions