L’histoire du salut au rythme de la diaspora

Dans Evangelii Gaudium, le pape François invite à une mission pastorale, en contact avec la joie de l’Évangile, qui prend comme orientation le document d’Aparecida et fait sortir l’Église des zones de confort de la culture du bien-être. Dans le cadre des succès missionnaires dynamiques du christianisme au sein de la civilisation mondiale contemporaine, on voit naître précisément dans la diaspora une zone de contacts avec les hommes d’aujourd’hui, qui ne se laisse pas réduire à l’indifférence de cette culture du bien-être où les chrétiens sont en position majoritaire. Il y a bien longtemps que la diaspora n’est plus une région où la foi est en minorité ; elle est plutôt un rythme à la fois désillusionnant et encourageant de la vie, notamment de celle des migrants, mais aussi du style de vie urbain de notre époque. Les sciences culturelles diagnostiquent dans ces rythmes toujours déroutants une hybridité qui pousse les hommes à s’aligner en référence à un pays natal où ils

Faire de la théologie au service d’un christianisme en diaspora

C’est une évidence qui se manifeste dans le célèbre texte de Karl Rahner sur l’Église en diaspora (1954), à savoir le lien, historiquement variable mais en principe chaque fois intrinsèque, entre une situation historico-sociale de l’Église et la désignation correcte du moment présent, d’un côté, et des manières spécifiques de faire de la théologie, de l’autre. Partant de ce constat et tenant compte des évolutions post-conciliaires de la théologie catholique, l’article distinguera et précisera trois tâches de la théologie au sein d’un christianisme diasporique. La toute première est celle que Rahner a entreprise à son époque, à savoir celle de discerner aujourd’hui les « signes des temps » et d’aider ainsi les communautés chrétiennes à comprendre le moment de crise hautement inconfortable qu’elles traversent. Une deuxième tâche consiste alors à penser l’existence chrétienne et sa communalisation ecclésiale, en sa source et en son déploiement minoritaire au sein de nos sociétés européennes d’aujourd’hui. Ce qui nous conduira, pour finir, à concevoir un type de « formation » élémentaire au

Bulletin de théologie fondamentale (107/3-2019)

Les auteurs de ce bulletin enseignent la théologie à l’université. Voilà qui explique sans doute la sélection des ouvrages qui y sont présentés et le mode de leur présentation : si la discussion scientifique est présente, si la volonté de signaler les tendances de la recherche est manifeste, le bulletin ne craint pas de s’attarder à la présentation d’œuvres trop peu connues et d’attirer l’attention sur les instruments de travail qui permettent aux étudiants et chercheurs de s’orienter dans le domaine en perpétuelle recomposition de la théologie fondamentale. Ce qu’on y lira autorise-t-il d’identifier des évolutions de la discipline ? Il paraît difficile de l’affirmer tant la variété des directions dont témoigne l’actualité bibliographique correspond, par-delà les confessions chrétiennes, à une diversité de projets et de besoins, irréductibles à des mouvements d’ensemble clairement repérables. Études monographiques de théologie historique, synthèses thématiques, présentations encyclopédiques, essais et traités – tout au plus, peut-on signaler la variété des positionnements de chacune de ces productions dans le rapport aux autres rationalités et à la culture ambiante, et constater l’écart entre les positions antagonistes de

Bulletin de théologie morale (107/3-2019)

Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris Theologicum – Institut catholique de Paris Notre bulletin de théologie morale continue de se centrer sur les ouvrages de théologie morale fondamentale sans pouvoir rendre compte, sauf exception, des multiples travaux dans les domaines des éthiques plus spécialisées. Il cherche donc à examiner cette discipline tant dans son travail de fond concernant sa méthode (et son rapport aux Écritures, à la Révélation, à la philosophie, aux sciences humaines et de manière générale aux autres disciplines), que dans la créativité qui se manifeste dans la rencontre avec les thématiques nouvelles issues de l’expérience, de l’actualité sociale et de la réflexion contemporaine. Quatre parties composent ce bulletin. Comme dans les livraisons précédentes, nous présentons en premier lieu les ouvrages qui exposent une réflexion sur la méthode et les tâches de la théologie morale actuelle (I). Une deuxième partie rassemble les ouvrages qui traitent des contributions de la philosophie à la théologie morale (II). La troisième partie est consacrée à la littérature en plein développement sur les éthiques des vertus, en l’espèce

Éditorial (107/2 – 2019)

Actes du 26ème colloque des RSR (Paris, 8-10 novembre 2018) Progressivement et décidément, la synodalité de l’Église prend place dans la conscience ecclésiale des catholiques. Les derniers synodes épiscopaux à Rome, celui sur la famille (en deux sessions en 2014 et 2015), et celui sur la jeunesse (2018), ont joué un rôle majeur dans cette évolution, sans doute en raison de l’intérêt que leur thématique et le traitement ouvert de celle-ci ont suscité dans l’opinion publique. Par ailleurs, lors de la seconde session du synode sur la famille, le 17 octobre 2015, la célébration du 50e anniversaire de la création de cette institution par Paul VI, donnait au pape François l’occasion d’un important discours qui, pour la première fois, insiste sur la dimension constitutive de la synodalité de l’Église, renouvelant la problématique au sein du contexte de la tradition latine et romaine.

Reprise de la problématique du colloque. La synodalité de l’Église, réalités et perspectives

La synodalité de l’Église, telle qu’on peut l’appréhender à partir des contributions du numéro préparatoire au colloque, prolongées par des réflexions plus personnelles, ne se limite pas aux assemblées et aux conseils qui la symbolisent. Elle concerne aussi bien l’organisation de l’Église que sa relation au Message qui la constitue. Elle invite à s’interroger sur la dialectique « personnel-collégial (ou synodal)-communautaire », et éventuellement à en réformer l’exercice. Elle implique une culture du consensus, mais aussi du débat. Et sans doute cette synodalité a-t-elle à voir avec la lutte contre ce qu’un François dénonce sous le nom de « cléricalisme ».

De la tradition synodale à l’événement synodal ou comment la Bible interroge la pratique

Les auteurs du NT n’emploient pas le mot synode (littéralement « chemin commun) et ne connaissent pas la notion de synodalité. Mais leurs récits explorent ce que signifie « être en chemin avec le Christ », cherchant ainsi à susciter un véritable événement synodal. Après une nécessaire clarification de l’usage de la Bible pour la réflexion ecclésiologique en tradition luthéro-réformée, la lecture de quelques récits (Ac 15 ; Ga 2 ; Lc 24 ; Jn 20 ; Phm) met au jour les principaux enjeux théologiques liés à la synodalité de l’Église. La pluralité des voix rassemblées en un même corpus invite à une liberté pragmatique nouvelle en matière synodale, une liberté fondée en Christ.

Représentation et incarnation. Approche politico-théologique de la synodalité en Occident

La synodalité est une question théologico-politique qui concerne l’identité de l’Église, sa gouvernementalité et ses rapports avec son environnement politique et social. Entre les deux procédés traditionnels, dans la pensée et la pratique politiques occidentales, de figurer un ensemble social et de poser sa direction par un petit nombre, la représentation et l’incarnation, l’Église a toujours privilégié le second par rapport au premier. Pourtant, la synodalité n’ignore pas la procédure représentative mais selon des modalités qui rappellent moins le mandat libéral que les procédures médiévales de la pars pro toto. Elle présente ainsi l’esquisse d’une démocratie non pas procédurale mais substantielle qui peut apparaître comme un modèle de gestion et de figuration politiques surmontant la crise native et permanente de la représentation.

La force de la « collégialité » aux conférences du Celam : une route historique et théologique lors de la conférence de Medellín (1968)

L’Église avance en fonction des défis de chaque époque comme le montrent les Conférences épiscopales. Par-delà cette histoire, la présente contribution cherche à relever comment la collégialité épiscopale est une manière d’être Église et comment, pour le cas de l’Amérique Latine, elle est l’expression de la synodalité de l’Église traduisant le désir commun d’être peuple de Dieu. La conférence de Medellin a amplifié cet exercice de la synodalité, amenant l’Église de ce continent à ne plus se voir comme « Église-reflet » des autres Églises mais comme « Église-source ». Cette manière de travailler montre qu’il est possible que l’institution soit au service de la société et non d’elle-même.

À l’occasion du cinquantenaire de Medellín. « Tout autre est la tradition européenne »

L’article montre que la synodalité au-delà des limites des Églises particulières est concentrée dans l’action habituelle de collaboration des évêques au sein des conférences épiscopales et du CCEE, où, selon LG, se réalise concrètement le « sentiment collégial » qui lie les évêques entre eux. Mais l’expérience conciliaire, due au rassemblement d’Églises particulières, est restreinte ce qui mérite une analyse afin de permettre une comparaison avec la situation du continent sud-américain. Cette réflexion se fera à partir du Code de droit canonique et de l’action et discours du pape François. Elle mettra en valeur l’expérience conciliaire dans les rassemblements d’Églises particulières.