Que fait le numérique à la recherche patristique ?

Dans le domaine des études patristiques, le tournant numérique a apporté un certain nombre de changements, d’ampleur variable, sans modifier fondamentalement la nature des travaux menés. Sont envisagés successivement la préparation des éditions critiques, l’utilisation des corpus de textes et des répertoires électroniques de citations, puis diverses autres facettes. La question de la gratuité de l’accès aux ressources, ainsi que de la pérennité des ressources numériques concernées, est évoquée de manière transversale.

L’usage du numérique dans la recherche biblique

Les ressources numériques (sites en ligne, logiciels, plates-formes) mettent aujourd’hui à la disposition du chercheur une quantité considérable d’informations. Parallèlement à cette fonction encyclopédique, des procédés assistés par ordinateur permettent d’obtenir des résultats remarquables en ce qui concerne notamment la stylométrie, l’analyse linguistique ou la critique textuelle. L’accent est mis sur la critique textuelle du Nouveau Testament où deux approches concurrentielles s’affrontent à l’heure actuelle. Une comparaison conduit à se poser la question : l’usage du numérique est-il neutre ?

Que font les humanités numériques aux sciences dites humaines ?

Les humanités sont affectées massivement par les nouveaux outils numériques, recueil de données comme traitement algorithmique de ces données. Au-delà des facilités de stockage de textes et de navigation dans des corpus, dans quelle mesure le tournant digital transforme-t-il les humanités ? Dans cet article je m’appuierai sur le constat précédemment dressé dans Les sociétés du profilage (Huneman, 2023) du glissement d’une épistémologie plutôt causale vers une épistémologie purement statisticaliste et prédictive lorsque les données massives opèrent, pour interroger la nature et la nouveauté des humanités dites digitales. À partir d’une description du « data mining » en histoire des sciences je généraliserai la description des humanités numériques comme modélisation décentrante en troisième personne. Dans un dernier temps j’analyserai leur place dans le système des humanités, en insistant sur l’exigence d’une positon critique spécifique impliquant la dimension herméneutique des humanités, pour que le tournant numérique exprime sa puissance de nouveauté plutôt qu’un redoublement stérile ou un remplacement fort biaisé des savoirs existants.

Éditorial 112/2

La revue poursuit sa réflexion sur le monde numérique. Après un précédent numéro (111/4 [2023]) consacré à l’Intelligence Artificielle, nous vous présentons aujourd’hui un dossier intitulé “Humanités numériques et théologie”. La théologie est-elle touchée par ce qu’on a coutume d’appeler les « humanités numériques », et si oui, en quoi cela concerne-t-il, à travers des questions épistémologiques, la théologie ? Une première réponse pourra sans doute étonner plus d’un lecteur. Les « humanités numériques » ont été préfigurées, selon certains, par Roberto Busa, jésuite italien, spécialiste de saint Thomas. Dès 1949, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, ce théologien eut l’idée de se tourner vers IBM pour l’aider dans ses recherches philologiques. L’Index Thomisticus fut prêt en 1953, à peu près au même moment que la recherche biblique faisait appel aussi à l’informatique pour le traitement d’une cinquantaine de manuscrits. Merrill Parvis, de l’Université de Chicago, spécialiste du Nouveau Testament, recourait aux services d’IBM pour encoder des variantes textuelles. Ces deux exemples montrent le parti que les

Bulletin de Littérature sapientielle et autres écrits (112/1 – 2024)

I. Psaumes 1. VAILLANCOURT Ian J., The Multifaceted Savior of Psalms 110 and 118. A Canonical Exegesis, « Bible Monographs» 86, Sheffield Phoenix Press, Sheffield, 2019, 248 p. 2. BACKFISH Elizabeth, Hebrew Wordplay and Septuagint Translation Technique in the Fourth Book of the Psalter, LHBOTS 682, T&T Clark, London, 2019, 200 p. 3. SANDER Paul J., Alternate Delimitations in the Hebrew and Greek Psalters, FAT 117, Mohr Siebeck, Tübingen, 2020, 277 p. 4. BRODERSEN Alma, NEUMANN Friederike, WILLGREN David (éds.), Intertextualität und die Entstehung des Psalters, FAT 114, Mohr Siebeck, Tübingen, 2020, 236 p. 5. BARBIERO Gianni, PAVAN Marco, SCHNOCKS Johannes (éds.), The Formation of the Hebrew Psalter, FAT 151, Mohr Siebeck, Tübingen, 2021, 454 p. 6. SOUTHWOOD Katherine E., MORSE Holly (éds.), Psalms and the Use of the Critical Imagination. Essays in Honour of Professor Susan Gillingham, LHBOTS 710, T&T Clark, London, 2022, 256 p. II. Cantique des Cantiques 7. FISCHER Stefan, FERNANDES Gavin (éds.), The Song of Songs Afresh. Perspectives

La « colère » de Dieu : quelle signification pour la théologie chrétienne ?

Le thème biblique de la « colère » divine est-il seulement une manière de parler ? Ou dit-il réellement les dispositions de Dieu lui-même face à l’incrédulité ou au péché des êtres humains ? Développé par Lactance au IVe siècle, ce thème a pris une importance centrale chez Luther et Karl Barth. Il est aussi présent chez un théologien catholique comme Balthasar, en réaction contre la sotériologie de Rahner. Plutôt que de prétendre concilier les diverses positions en la matière, il importe de prendre au sérieux la tension même qui se manifeste entre elles, et de revisiter à cette lumière un certain nombre de questions auxquelles la théologie chrétienne se trouve confrontée, telles que la Passion rédemptrice, l’attitude de l’Église envers les pécheurs et la question du jugement eschatologique.

L’impardonnable selon Matthieu : la mise en garde nécessaire à l’événement du pardon

La terminologie du pardon se trouve inégalement répartie parmi les livres du Nouveau Testament. Absent de sa correspondance, le pardon n’est pas une notion nécessaire à Paul pour proclamer l’Évangile. À la suite de l’apôtre, Matthieu pense l’existence humaine à la lumière nouvelle de l’événement de la croix, et réfléchit à ce que pardonner signifie. Il déploie sa réflexion en quatre tableaux (Mt 6,9-15 ; 9,1-8 ; 12,31-32 ; 18,15-35) pour raconter un pardon compris comme événement transformateur et libérateur, et un impardonnable compris comme une mise en garde nécessaire.

Peines et pénitences dans le code de droit canonique : fondements théologiques et pratiques juridiques à la lumière des agressions sexuelles en Église

Le droit pénal dans l’Église est aujourd’hui questionné par la crise des abus sexuels. Une partie de l’opinion publique lui demande de mettre fin au scandale, sans être toujours consciente que plusieurs de ses caractéristiques ne le rendent pas forcément apte à remplir la mission attendue. Depuis 2002, les papes ont pris des mesures drastiques, qui passent par la centralisation, à Rome, au tribunal du Dicastère pour la doctrine de la foi, des poursuites et du jugement des délits les plus graves. Ce système a été à plusieurs reprises amendé dans le sens de la sévérité. Mais est-il efficace, quand on réalise la tension qui apparaît entre un système répressif ancien, et la persistance, voire l’aggravation, des abus sexuels dans certains pays ?

Aspects cliniques de l’irréparable en matière d’agressions sexuelles

Les sévices sexuels ont des conséquences dramatiques dans la vie d’un enfant. Leur prévention du côté des victimes comme des auteurs et la difficile question du pardon passent par une nécessaire compréhension de ces actes et de leurs conséquences, par le respect de la dignité des enfants, par des prises de positions sociétales, politiques, juridiques et ecclésiales sans ambiguïté, par l’éducation des petits dans la famille, à l’école, dans les institutions et la société, par l’existence enfin de systèmes d’accueil et de soins accessibles, de qualité et coordonnés.

Note sur quatre ambiguïtés du pardon

Cet article entend déployer quatre ambiguïtés du pardon propres à en fragiliser le concept et à inspirer une certaine réserve devant son invocation tous azimuts. Le pardon répète d’abord le caractère contradictoire du temps, selon lequel tout est déjà passé et rien pourtant jamais ne passe (I). D’autre part, il semble exiger à la fois l’effacement et l’approfondissement du mal accompli, se donnant alors soit comme événement soit comme processus (II). Ensuite, il complique l’alternative souvent caricaturale entre la justice et la grâce et exige que la seconde affleure à partir de la première (III). Enfin, il tend à configurer une relation entre offenseur et offensé dans laquelle se rejoue ou s’inverse la relation de domination à laquelle il est censé mettre un terme (IV). – Ces quatre ambiguïtés interdisent tout moralisme du pardon.