Conciliarité de l’Église. Théologalité, pluralité, historicité

La conciliarité de l’Église ou qu’est l’Église, tel est le sujet de cette étude. On s’efforce d’en explorer et fonder (scripturairement, traditionnellement) (I) d’abord l’enracinement théologal ou trinitaire et eucharistique, (II) ensuite la dimension plus spécifiquement pneumatologique et pentecostale, articulant diversité et unité/universalité dans l’histoire, aux dimensions du cosmos ou de la création tout entière, (III) enfin l’historicité radicale, qui, à la fois, relativise les formes institutionnelles qu’elle peut prendre et suscite une créativité culturelle et institutionnelle au service de la communion ecclésiale.

La question de la providence divine dans les Écritures

Le parcours, relativement linéaire, part d’un constat : les saintes Écritures d’Israël ont constamment maintenu l’existence de la providence divine en lui opposant, sous forme de question, la rétribution indigne et scandaleuse des justes. Il finit avec un constat inverse : c’est dans la mort scandaleuse du juste par excellence que s’accomplit définitivement la bienveillance prévenante et toute-puissante de Dieu pour notre humanité. De l’un à l’autre constat se donnent à lire toute l’interrogation et la réflexion des sages d’Israël, de l’Ancien et du Nouveau Testament.

L’épreuve de la providence

La providence fut longtemps conçue comme la mise en oeuvre infaillible d’un plan fixé de toute éternité. Ces dernières décennies, une nouvelle prise en compte de la toute-puissance de Dieu et de la liberté humaine a conduit au rejet de l’ancienne conception : la providence s’exerce dans une histoire ouverte, dont Dieu a pris le risque. L’évaluation des enjeux, des critères d’appréciation et de la pertinence de cette évolution se prolonge par l’exposé des éléments fondamentaux d’une théologie du Christ comme manifestation, bénéficiaire et fin de la providence et par l’examen de ses conséquences pour la prière de demande, l’abandon à la providence et notre participation à celle-ci par la charité.

« Que ta volonté soit faite » selon Origène, Grégoire de Nysse et Maxime le Confesseur

L’interprétation du verset du Notre Père : « que ta volonté soit faite » par Origène dans son traité Sur la prière reprend l’idée philosophique stoïco-platonicienne qu’il faut imiter par son intellect le bon ordre du cosmos, mais il présente la figure d’un Dieu paternel, nullement inflexible, mais au contraire réagissant au coup par coup, selon son propre plan, à la quête spirituelle de l’homme et à sa liberté. Grégoire de Nysse dans ses Cinq homélies sur le Notre Père présente une interprétation qui tient davantage compte du lien de l’âme avec le corps : faire la volonté de Dieu, c’est retrouver la santé de l’âme que le Christ médecin a réintroduit en l’homme en soignant le mal par le mal, le mal du péché par le mal de la Croix. Après ses deux prédécesseurs, Maxime le Confesseur, dans sa Brève explication du Notre Père, propose à l’homme d’imiter les anges en se libérant des passions, ou plutôt en réemployant ses passions dans la quête amoureuse par l’intellect de la volonté divine. Pour lui, le Christ à Gethsémani a donné

Repenser la Providence

La notion classique de providence divine (conduite du monde par un Dieu bienveillant) soulève plusieurs objections : la présence du mal, la liberté de l’homme, la conception d’un agir divin. À la différence de la perspective stoïcienne qui mettait l’accent sur l’ordre du monde, la tradition chrétienne valorise une liberté qui ouvre une histoire. La poursuite de cette histoire fait appel à une pluralité d’instances.

S’abandonner à la Providence

Après s’être cherchée dans les apories du pur amour, c’est dans « l’abandon à la Providence » que s’est reconnue la mystique moderne à la fin du XIXe siècle – à l’époque précisément où la main de Dieu devenait de moins en moins lisible dans l’histoire. Le traité de L’Abandon et la littérature qu’il ne cesse d’inspirer depuis, invitent à passer de la considération de l’histoire comme lieu de manifestation d’une volonté (celle de Dieu Providence), à la concentration sur l’instant présent comme exercice d’union à Dieu dans  « l’indifférence », gage de paix et de joie indicibles. L’abandon mystique au « sacrement du moment présent » déplace ainsi le terrain de la théodicée. Face à l’apparente inertie divine devant le triomphe des « ennemis de Dieu », la charge de la preuve d’innocence ne revient plus à Dieu mais au sujet mystique. C’est la qualité de son abandon qui devrait valoir, aux yeux des autres, théodicée, justification de la bonté de Dieu, de sa bienveillance, de sa providence. Le Dieu des mystiques n’a décidément rien à voir avec le Destin, même sous sa forme christianisée, la

Philosophes devant l’histoire

La philosophie ne s’est pas toujours intéressée à l’histoire, entendue comme développement immanent de l’aventure humaine, finalisé vers un but atteignable par l’industrie des hommes. Un tel intérêt est désormais compromis devant le constat des désillusions engendrées par ces grandes épopées idéologiques. Dès lors faut-il s’incliner devant le fait que présentisme et fatalité dominent désormais pensée et action ? Et si oui, à quel prix ?

Langage, discours, parole. Rigueur philosophique et ressources bibliques

Est-il possible de chercher un accord – sans concordisme – entre la rigueur du discours philosophique et la ferveur de la parole biblique ? Voilà qui suppose d’abord une raison qui abandonne ses prétentions magistrales pour se laisser ouvrir à l’écoute de ce qui la provoque et la relance. Mais cela exige également une herméneutique des Écritures qui n’y cherche pas un croire-savoir, mais la transmission historique d’expérience(s) dont l’envoi et l’élan sont toujours à reprendre en responsabilité sensée. Entre la discursivité des Dits (et dédits) raisonnables et l’inspiration du Dire prophétique, une relation respectueuse de l’altérité pourrait dès lors donner lieu à une intensification réciproque réveillant et aiguisant en chacune de ces deux orientations le meilleur et le plus légitime de sa visée signifiante.

Cet obscur objet de la traduction

Les recherches historiques et philologiques concernant les textes bibliques ont fait, durant les dernières décennies, de grands progrès. La découverte progressive de préhistoires complexes de ces textes ébranle la confiance en un texte biblique qui serait une instance hors de question, et qui pourrait être prise en tant que telle comme donnée préalable des interprétations et des traductions. À la place du texte compris comme référence, nous nous trouvons devant une multitude de fragments, de copies et de variantes. En reprenant les enjeux et les thèses de quatre articles réunis dans ce dossier, l’auteur essaie de repenser les concepts du « texte », du « canon » et de l’« original ». Plus précisément, il propose, dans une perspective théologique et philosophique, une réhabilitation de ces trois concepts.