De quel genre de pensée a-t-on besoin pour aborder la crise environnementale contemporaine ?

L’écologie politique contemporaine donne un nouvel infléchissement aux débats environnementaux qui risquent, sinon, de rester coincés dans un paradigme réducteur et moderniste. Il est intéressant de noter que cette nouvelle écologie politique s’inspire de plus en plus du langage et de concepts théologiques, en particulier dans l’œuvre de Bruno Latour. Le présent article explore les raisons pour lesquelles il en est ainsi et quelle en est la contribution. Il fera valoir que l’écologie politique assigne un rôle à la religion en ce que celle-ci génère le genre de conversion aux valeurs humaines qui s’avèrent nécessaires pour une véritable transformation sociétale. En procédant ainsi, l’écologie politique pourrait même être considérée comme un partenaire de dialogue (surprenant) pour la théologie catholique et pour des approches de la crise environnementale qui s’appuient plus largement sur la tradition de l’enseignement social catholique.

L’ekphrasis salutaire

Le Moyen Âge a-t-il manifesté une espérance de Salut pour le Cosmos ? Notre monde n’étant pas d’abord un objet d’étude ou de délibération, mais l’écosystème de la pensée et de l’expression humaines, nous chercherons à montrer comment la matière épaisse et chaotique d’une Création aspirant au Salut a pu être le support d’un langage théologique surgi en amont des langages plus spéculatifs qui tinrent cette matière à distance. En nous appuyant sur le concept d’ekphrasis, nous tâcherons de montrer qu’au XIIe siècle les visions ont été, par leur matériau et leur forme cosmiques, d’authentiques discours sotériologiques aux dimensions de la Création. Ces visions dressées dans l’histoire restent pour le théologien une invitation à se réapproprier la capacité exploratoire de la poétique.

La Torah d’Israël, chemin de sagesse écologique

Les ressources bibliques en éco-théologie, et spécialement pour penser la « conversion écologique », ne se limitent pas aux lieux scripturaires « classiques » (Gn 1–9 ; Jb 37–38 ; Rm 8 ; etc.). D’autres textes moins sollicités, notamment dans la législation biblique, peuvent apporter un éclairage puissant pour affronter les défis environnementaux de notre époque. À titre de simple illustration, cette contribution examine deux passages tirés du livre du Lévitique (Lv 23 ; 25-26).

Restauration et transformation

L’article présente la pratique de la restauration d’environnements dégradés en se concentrant sur les tensions inhérentes à cette pratique en ce qui concerne le rôle qu’y joue l’histoire pour définir l’action et la fonction de la personne humaine. En s’inspirant des thématiques de résurrection qui caractérisent la restauration et la transformation, l’auteure plaide en faveur d’une approche restauratrice qui, d’une part, reconnaît la valeur d’écosystèmes de jadis et, d’autre part, ouvre un espace pour une action qui va au-delà d’un simple retour au passé et vise à répondre de manière créative aux défis environnementaux du présent, avec sagesse et amour.

La lente émergence de l’idée de conversion écologique dans le monde catholique

L’encyclique Laudato si’ invite à une « conversion écologique ». D’autres textes magistériels l’avaient précédée dans cette voie, marquant ce qu’Adolphe Gesché avait qualifié de « tournant cosmocentrique », par contraste au « tournant anthropocentrique » (Karl Rahner), caractéristique de Vatican II. Ce double tournant explique pourquoi, en dépit de signaux précoces alertant sur la dégradation de l’environnement et sur la responsabilité humaine, le monde catholique a perçu plus tardivement que le monde protestant la nécessité d’un changement d’attitude. En outre, cela pose la question de la place de l’humain au sein du monde selon le dessein créateur de Dieu. Parler de « conversion » suppose un retournement ou un décentrement vers Dieu, mais un Dieu qui confère à chaque créature une « valeur propre ».

Immédiateté médiatisée ou la médiation du langage théologique repensée par Rahner

Les locutions « symbole réel » et « immédiateté médiatisée » véhiculent des choix à la fois métaphysiques et théologiques fondamentaux que Karl Rahner pose à partir du paradigme christologique. Leur force heuristique, pour considérable qu’elle soit, aboutit pourtant à une critique de la médiation du langage théologique. Parce que Dieu se donne en immédiateté médiatisée, le langage est capable d’un discours théologique dont la qualité est à la mesure d’une conscience paradoxale, celle de son impuissance. Ainsi, la théologie accomplit d’autant mieux sa mission qu’elle sait recourir à la blessure du langage.

Dieu, seule détermination de l’espérance en des situations fermées

En des situations fermées, lorsque le salut n’est plus représentable hic et nunc, l’espérance est cruciale pour traverser la mise en impasse des possibles anticipés et des espoirs brisés. Dans les obscurités de ce monde-ci et les délais du temps présent, l’immédiateté de Dieu est la seule détermination du sujet qui espère un impossible ouvert, non objectivable. Toutefois, une telle immédiateté permet d’ouvrir les yeux sur des relais humains et elle peut être déclinée de façon trinitaire.

« Rares sont ceux qui voudraient le croire » : hiérarchie et proximité de Dieu selon saint Bonaventure

Comment Bonaventure peut-il soutenir sans contradiction la nécessité de médiations (hiérarchies, itinéraire) entre Dieu et l’âme humaine, et la possibilité d’une expérience immédiate de Dieu ? Faut-il y voir une tension entre le ministre général réputé autoritaire et le mystique avide de goûter la présence de Dieu ? Loin de cette caricature, l’examen de sa conception de l’Ordre et de sa doctrine des sens spirituels révèle qu’à ses yeux les médiations n’ont de sens qu’à reconduire l’homme vers l’expérience de la présence de Dieu dans leur vie.

L’immédiateté de Dieu dans l’ordinaire de la vie chrétienne : les charismes au service d’une Église synodale

La théologie des charismes pâtit jusqu’à aujourd’hui d’une assimilation des charismes à l’« extraordinaire » : Dieu ne pourrait se donner de manière immédiate que dans l’« extraordinaire ». Cet article vise au contraire à mettre en évidence comment les charismes s’inscrivent dans l’ordinaire de la vie vertueuse et se déploient en vocations au service du Royaume. Dans cette perspective, en conjonction avec le sensus fidei, ils contribuent au discernement de l’Esprit à l’œuvre dans l’Église, appelée à être toujours plus authentiquement synodale.