Pourquoi et comment Dieu devrait-il sauver le monde ?

Cet article passe en revue différentes conceptions du salut divin, leurs programmes et leurs centres d’intérêt. Inspirée par la théologie augustinienne du péché, de la concupiscence et de la dépravation des hommes, un certain type de sotériologie oblige Dieu à sauver l’être humain du péché individuel et de la damnation. La christologie y est dès lors définie en référence à une certaine conception des besoins humains. L’alternative pourrait consister en ce que la théologie se concentre sur le déploiement de la volonté divine relative à la création et, en elle, à l’humanité. La christologie pourrait alors révéler l’offre gracieuse d’amour de Dieu en Jésus Christ pour et avec l’humanité, de même que l’œuvre divine de réconciliation à travers le réseau de relations d’amour interdépendantes et dynamiques : l’amour divin et notre amour de Dieu, des uns les autres, de l’œuvre divine ininterrompue de création et de réconciliation, et notre amour pour notre propre être émergeant de la sorte. La critique des

Le salut de l’Évangile et les saluts de l’Église

Dans une Église idéale, la sotériologie devrait pouvoir se confondre avec l’ecclésiologie. En effet, quelle autre réalisation du salut peut-on espérer que l’Église ? Autant cette affirmation ravira certains théologiens, autant elle choquera la plupart de nos contemporains, tellement le vécu ecclésial est éloigné, dans la pratique de toutes les communautés, d’une expérience de salut. Cette tension entre sotériologie et ecclésiologie est due au fait qu’une Église « idéale », cela n’existe pas dans l’histoire ; c’est bien l’histoire qui est l’élément déterminant pour distinguer salut et Église et qui pourrait inspirer le sursaut susceptible de mener à un renouveau.

Soin, santé et guérison : des expressions modernes du salut ?

Entre l’englobant du discours salutaire propre aux traditions religieuses qui portent une espérance par une disponibilité ouverte au temps, et l’englobant du discours sanitaire qui a désenchanté les espérances en parlant d’espérance de vie, faut-il choisir ? Le conflit des interprétations qui les oppose tend à réduire les enjeux de santé à des questions techniques et positives, confondant un matérialisme de méthode avec un matérialisme philosophique. De l’autre, il fait des enjeux de salut des questions éthérées, comme si elles ne pouvaient être sources de savoirs. Penser et panser ensemble santé et salut, au plus près de l’existence humaine dans les limites que lui impose l’épreuve de sa vulnérabilité, n’invitent-ils pas à résister à vouloir trop vite donner du sens, ou à résorber dans une perspective téléologique, l’épreuve du malheur qu’engendre le mal subi, invitant à habiter ce trouble ?

Par sa mort, il a vaincu la mort

La lecture de l’évangile de Marc et de celui de Matthieu, qui pourrait être complétée par ceux de Luc et Jean, impose une claire distinction entre les causes de l’assassinat de Jésus et la raison pour laquelle Jésus a décidé et accepté de faire don de sa vie comme aboutissement de son existence. L’événement de Pâques fait apparaître la dimension transcendante et la signification universelle de cette mort comme victoire sur la mort, et le Nouveau Testament propose une diversité d’interprétations pour en comprendre le sens révélateur de vie et libérateur.

Le Dieu des vivants

La quête de salut peut être configurée autour de trois axes : la vie est-elle réductible au biologique ou peut-on lui donner sens à partir d’une transcendance ? l’histoire n’est-elle que violence et chaos ou peut-on la lire selon un régime d’espérance ? entre devenir et altérité, comment le sujet peut-il comprendre sa propre identité ? L’article examine l’universalité de ces questions, la diversité des réponses apportées et la manière dont elles sont traitées par le christianisme.

Le salut – un défi pour la théologie

La question du salut, centrale en théologie chrétienne, se heurte à l’incompréhension de nombreuses personnes aujourd’hui : « de quoi » faut-il être sauvé ? La théologie chrétienne, à travers ses sous-disciplines, se doit donc de penser à nouveaux frais cette question, en évitant de la réduire au « sens de la vie ». Ne s’agit-il pas plutôt du rétablissement d’une relation, là où la rupture dominait ? Alors qu’on associe encore souvent le salut à la vie éternelle et l’au-delà, l’inscription du salut dans notre histoire, dans la pâte humaine et dans la création, comme « délivrance » du mal qui nous menace toujours et encore, continue d’être déterminante, y compris face aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui.

Salut et technique

Vaincre la mort par des moyens techniques : telle est la perspective qui unit les diverses aspirations du mouvement transhumaniste, pointe avancée de la technoscience contemporaine. Comment une croyance religieuse a-t-elle pu ainsi se transformer en programme scientifique ? Pour répondre à cette question, l’article examine le rapport entre apocalyptique et sagesse et plus largement entre langage mythopoïétique et langage rationnel, en interrogeant notamment Paul et la Sagesse de Salomon.

La substitution pénale. De Luther à Bossuet

Le hasard n’est pas étranger au constat d’un recours de Luther et de Bossuet à des références scripturaires sensiblement identiques, en particulier Ga 3, 13, pour justifier et illustrer l’universalité et la variété des péchés endossés par le Christ chargé de les expier, à titre de substitut pénal. Mais alors que Luther lie cette thèse à celle de la justification par la foi et voit dans le Christ le lieu d’un combat entre son innocence victorieuse et le péché assumé, Bossuet, prédicateur, se plaît à charger le Christ des souffrances les plus atroces par lesquelles le Père se venge de nos fautes assumées par lui. Quel crédit accorder au thème de la substitution pénale ? Il appelle bien des réserves à adapter à chacun de ces deux modèles. Serait-il à ranger dans le domaine des dérives d’une certaine théologie périmée ? Le renouveau qu’il a connu, parrainé par des théologiens contemporains de renom, ne lève pas son ambiguïté : le Christ ayant agi à notre place, serions-nous dispensés de coopérer ?

La mondanisation du salut

La question du salut, individuel et collectif, parce qu’elle est au centre de l’identité morale de nos sociétés sécularisées, n’intéresse plus seulement les religions. La pensée et la politique libérales s’autorisent à se préoccuper du salut de chacun, même contre sa propre volonté. La sociologie permet de comprendre quelle conception du salut est aujourd’hui dominante et quel rapport elle entretient avec les modalités contemporaines du croire : il n’y a pas éclipse de la transcendance et le salut demeure une question d’actualité dans le cadre du pluralisme moral et religieux. Mais quelle place l’Église pourra-t-elle prendre dans cette réflexion largement investie ? Elle ne peut délaisser cette question ni se dérober à l’impératif d’humanisation, car le monde moderne a besoin de comprendre son identité dans ses origines théologiques. Il faut sauver le salut chrétien.

« L’Église, de Abel jusqu’au dernier élu ». Problématique

Puisque l’Église est sacrement universel du salut, la vision conciliaire est doublement interrogée sur cette prétention à pouvoir désigner la vocation du monde et l’unité du genre humain ainsi que sur la pertinence de l’Église en tant qu’institution de salut. Que signifie ce salut dans une société qui s’est émancipée des contraintes de la question du sens ? Quelle nécessité d’une forme de vie ecclésiale de la foi, celle d’une Église ? Quel statut des non chrétiens au regard de l’offre du salut de Dieu à tous ? Cette triple problématique découle d’un ample état des lieux posé à partir de la question centrale : le christianisme survivra-t-il à la modernité ? Partant de l’origine du christianisme, tissée de diversité, la théologie doit continuer à chercher, notamment à partir des formes que revêt la communion, la manière dont le Règne de Dieu vient à travers l’Église. C’est tout l’enjeu de sa crédibilité et de la pertinence du christianisme en post-modernité.