La patristique dans l’œuvre de Joseph Moingt

Joseph Moingt consacra jadis d’importants travaux à Clément d’Alexandrie et à Tertullien. Ses enseignements à Lyon-Fourvière donnèrent aussi une place très importante aux écrits des Pères, avec une attention privilégiée à la « logique » qui avait présidé au développement du « discours chrétien ». Plus tard, dans ses ouvrages de théologie systématique, Joseph Moingt n’a pas cessé de revenir à la tradition patristique, mais il l’a fait de manière renouvelée, dans le cadre des problématiques auxquelles il s’attachait désormais.

Joseph Moingt : Évangile et humanisme

Ce parcours de l’œuvre de Joseph Moingt évoque la formation classique puis le tournant de 1968 et sa rencontre avec M. L’évocation de plusieurs prises de positions dans le contexte de la crise institutionnelle permet d’en repérer les soubassements théoriques. Le troisième temps esquisse ce qui caractérise la quête de vérité de Joseph Moingt. Une dernière partie trace les lignes de cet humanisme théologique : l’enracinement anthropologique du croire, l’humanisation de Dieu en Jésus, l’Esprit saint facteur d’universalisation et de personnalisation. La conclusion analyse brièvement les lieux théologiques traversés.

Éditorial 110/1

L’œuvre de Joseph Moingt : l’actualité de l’acte de croire Consacrer un numéro entier des Recherches de Science Religieuse à la pensée de Joseph Moingt s’est imposé dès le lendemain de sa mort à l’été 2020. Il ne s’agissait pas de lui rendre hommage, dette dont Joseph Doré et Christoph Theobald s’étaient acquittés en réunissant le volume Penser la foi, recherches en théologie aujourd’hui (1993), qui marquait une étape importante dans la réception de la pensée de Moingt. Mais qui aurait pu prévoir que le théologien, âgé alors de 88 ans, portait en gestation son opus magnum ? La longévité exceptionnelle de son activité théologique suscite à elle seule l’étonnement ; on aurait pu s’attendre à ce que L’homme qui venait de Dieu (1993) y mît un terme, mais l’intérêt de ses ouvrages parus depuis 1993 est des plus marquants. Avec le millier de pages de la trilogie Dieu qui vient à l’homme, qui s’acheva en 2006, rien n’était encore conclu. Les deux volumes

Bulletin de Sociologie religieuse (109/4 – 2021)

Ouvrages recensés dans le présent bulletin : I. Catholicisme français 1.           PELLETIER Denis, Les catholiques français de 1789 à nos jours, Albin Michel, Paris, 2019, 350 p. 2.           PORTIER Philippe, WILLAIME Jean-Paul, La religion dans la France contemporaine. Entre sécularisation et recomposition, Armand Colin, Paris, 2021, 316 p. 3.           ROUSSEAU André, Pour une sociologie de la crise catholique. France, 1960-1980. Centre de recherche bretonne et celtique, Brest, 2015, 355 p. 4.           DUMONS Bruno, GUGELOT Frédéric (dir.), Catholicisme et identité. Regards sur le catholicisme français contemporain (1980-2017), Éditions Karthala, Paris, 2017, 331 p. II. Sexe, genre et religion 5.           LANGLOIS Claude, On savait, mais quoi ? La pédophilie dans l’Église de la Révolution à nos jours, Seuil, Paris, 2020, 232 p. 6.           CARNAC Romain, GUIDI Diletta, ROUCOUX Guillaume (dir.), Les autorités religieuses face aux questions de genre. Reconfigurations contemporaines des mondes confessionnels autour des nouvelles questions sexuelles, « Sciences des religions », Presses universitaires de Rennes, coll. Rennes, 2019, 186 p. 7.           BETHMONT Rémy, GROSS Martine

Bulletin de Théologie des religions (109/4 – 2021)

I. Théologie chrétienne des religions et dialogue interreligieux 1. ZOLA TOKO Maurille, La singularité de Jésus et le dialogue interreligieux selon Jacques Dupuis, « Patrimoines », Éd. du Cerf, Paris, 2020, 380 p 2. AMHERDT François-Xavier et DELGADO Mariano (Éds.), Le dialogue interreligieux : où en sommes-nous ? Actes du 5e Forum « Fribourg Église dans le monde », Université de Fribourg, 18 octobre 2013, Schwabe Verlag, Basel, 2019, 172 p. 3. AYYÛB Mahmûd et KHODR Georges, Conversations orientales sur l’islam et le christianisme. Préface de Jean-Marc Aveline, Publications Chemins de dialogue, Marseille, 2018, 181 p. 4. SPERBER Jutta B., Anthropological Aspects in the Christian-Muslim Dialogues of the Vatican, de Gruyter, Berlin, 2019, 646 p. II. Pluralisme religieux et études comparées des religions 5. GISEL Pierre, Sortir le religieux de sa boîte noire, Labor et Fides, Genève, 2019, 230 p. 6. LIENHARD Marc, Rire avec Dieu. L’humour chez les chrétiens, les juifs et les musulmans, Labor et Fides, Genève, 2019, 307 p. 7. DA LAGE Olivier (dir.), Nationalisme

La disparition de l’histoire?

« L’histoire » a-t-elle disparu ou bien « une » histoire a disparu ? Celle qui, portée par le temps moderne, a prétendu donner le sens du déploiement de l’expérience des hommes en société dans le temps. Après avoir envisagé les successives mises en question du concept moderne d’histoire, après avoir posé un diagnostic, ce texte cherche à cerner ce que pourrait être une nouvelle condition historique et donc un possible nouveau concept d’histoire, alors même qu’avec l’entrée dans l’anthropocène l’humanité se trouve directement confrontée à des temporalités inédites. Mais rien n’est acquis : à l’évidence, effort continué de lucidité et travail sont à l’ordre du jour.

Histoire et théologie : du conflit au multilatéralisme

Le rapport histoire et théologie qui s’est noué dans la crise moderniste a trouvé une issue momentanée avec la catégorie de la tradition créatrice conçue par Maurice Blondel. Il a évolué vers une pensée herméneutique qui a influencé l’exégèse critique de la Bible et l’histoire des dogmes sans être encore aujourd’hui totalement reçue. Une situation nouvelle a découlé d’une culture marquée par subjectivation des individus et leur détraditionnalisation. Leur présent est en crise car la recherche de fondement rencontre les sociétés liquides. Une phénoménologie relisant Heidegger sous la forme d’une apocalypse de la vérité reconduirait jusqu’à Paul de Tarse pour réhabiliter le danger comme une puissance d’imagination créatrice nouvelle. À sa suite, l’article suggère que l’anamnèse chrétienne, chez le même Paul, pourrait fournir aux modernes un recours mieux averti à l’histoire.

Histoire et religion, entre pratique historiographique, principes épistémologiques et enjeux de sociétés

Cet article s’efforce de préciser les défis lancés à l’historien confronté à l’étude des religions ou de faits définis comme religieux. Après une interrogation sur les difficultés posées par un tel objet, il envisage les limites de la notion d’histoire religieuse et expose les principaux fondements épistémologiques et méthodologiques propres à la connaissance historique, qui guident la production d’une vérité spécifique, distincte des autres savoirs sur le religieux comme des passions religieuses de la société.

La réception du concile Vatican II entre théologie et histoire

La controverse nouée en 2005 entre théologiens et historiens, autour de l’analyse du concile Vatican II comme événement ou comme texte du genre littéraire « constitutionnel », relève d’une histoire intellectuelle. Mais elle participe aussi d’une histoire du catholicisme contemporain marquée par les débats qui se succèdent sur la façon de mettre en œuvre l’aggiornamento. Si la majorité des protagonistes a le souci de donner toute sa validité à un concile vécu comme « de transition » et « pastoral », les uns en font une lecture conservatrice, l’inscrivant dans le prolongement de Vatican I et d’un catholicisme intransigeant, critique de la modernité ; les autres soulignent son caractère radicalement innovateur, tout en relisant à partir des textes conciliaires l’ensemble de l’histoire de la révélation à travers la notion de « signes des temps ». La réception conciliaire devient ainsi un observatoire privilégié pour comprendre l’histoire d’un catholicisme qui se mondialise, dans le contexte d’un écart qui s’approfondit entre le magistère romain et l’évolution des mœurs.

Faire une histoire du catholicisme en Europe

En Europe, l’histoire du catholicisme fut longtemps une histoire de l’Église à but apologétique, auxiliaire de la théologie, et soumise au magistère. Sa prise d’autonomie, à des degrés différents selon les pays, a permis l’émergence d’une histoire religieuse qui, dans une histoire « en miettes », est encore hantée par la nécessaire déconfessionnalisation de ses approches, de ses thèmes et de ses chercheurs. Elle peut y répondre par une exigence de neutralité, l’extension du domaine des recherches, l’attention aux autres sciences sociales et ainsi revendiquer d’être un pan à part entière de l’histoire générale.