Bulletin du judaïsme ancien (II) (106-1/ 2018)

La rédaction de la revue remercie Édith Parmentier ainsi que Maureen Attali, pour ce Bulletin du judaïsme ancien (II), habituellement mené par Katell Berthelot (retenue par un programme de recherches dont les RSR espèrent pouvoir rendre compte plus tard). I. Histoire du judaïsme à l’époque hellénistique et romaine (1-6) 1. Humbert Jean-Baptiste, Chambon Alain, Khirbet Qumrân et ‘Aïn Feshka III A. L’archéologie de Qumrân : reconsidération de l’interprétation, V & R, Göttingen, 2016, 536 p. 2. Chachy Rachel, Kalman Yakov et Porat Roi (Éds.), Herodium. Final reports of the 1972-2010 excavations directed by Ehud Netzer. Vol. I : Herod’s Tomb Precinct, Israel Exploration Society, Jérusalem, 2015, 546 p. 3. Marshak Adam Kolman, The many faces of Herod the Great, Eerdmans, Grand Rapids, 2015, 400 p. 4. Mahieu Bieke, Between Rome and Jerusalem. Herod the Great and his sons in their struggle for recognition : a chronological investigation of the period 40 BC-39 AD, with a time setting of New Testament events, Orientalia Lovaniensia Analecta 208, Peeters, Louvain, 2012, 668 p. 5. Horbury William,

Bulletin du judaïsme ancien (I) (106-1/ 2018)

La présente livraison de ce Bulletin, assuré depuis 1972, fait une place privilégiée aux études, presque exclusivement d’universitaires juifs, consacrées à la littérature et à la société rabbiniques. Je l’ai voulue lisible au premier degré à la manière d’un article. Dans les années 1970 et 1980, j’eus la satisfaction et l’honneur de recenser ici nombre d’ouvrages marquants de Jacob Neusner, brillant et prolifique pionnier dans la quête alors osée d’une approche critique des textes mishniques, talmudiques et midrashiques. Pour l’étude de ces écrits traditionnellement constitutifs de la Torah, ce doctissime rabbin américain me sembla s’inspirer, plus ou moins sciemment, des procédures de la Formgeschichte, bien exorcisée à l’époque jusque chez les exégètes catholiques. Depuis deux ou trois décennies, plus encore ces dernières années, un grand pas a été fait dans l’ouverture scientifique du chantier « rabbinique » à des instances pluridisciplinaires. Et désormais, la méthodologie acquise cherche dans une épistémologie connivente son nécessaire relais. Sur le registre de la science et de la raison, on se propose de construire un ou des modèles pertinents, le but étant

Langage, discours, parole. Rigueur philosophique et ressources bibliques

Est-il possible de chercher un accord – sans concordisme – entre la rigueur du discours philosophique et la ferveur de la parole biblique ? Voilà qui suppose d’abord une raison qui abandonne ses prétentions magistrales pour se laisser ouvrir à l’écoute de ce qui la provoque et la relance. Mais cela exige également une herméneutique des Écritures qui n’y cherche pas un croire-savoir, mais la transmission historique d’expérience(s) dont l’envoi et l’élan sont toujours à reprendre en responsabilité sensée. Entre la discursivité des Dits (et dédits) raisonnables et l’inspiration du Dire prophétique, une relation respectueuse de l’altérité pourrait dès lors donner lieu à une intensification réciproque réveillant et aiguisant en chacune de ces deux orientations le meilleur et le plus légitime de sa visée signifiante.

Cet obscur objet de la traduction

Les recherches historiques et philologiques concernant les textes bibliques ont fait, durant les dernières décennies, de grands progrès. La découverte progressive de préhistoires complexes de ces textes ébranle la confiance en un texte biblique qui serait une instance hors de question, et qui pourrait être prise en tant que telle comme donnée préalable des interprétations et des traductions. À la place du texte compris comme référence, nous nous trouvons devant une multitude de fragments, de copies et de variantes. En reprenant les enjeux et les thèses de quatre articles réunis dans ce dossier, l’auteur essaie de repenser les concepts du « texte », du « canon » et de l’« original ». Plus précisément, il propose, dans une perspective théologique et philosophique, une réhabilitation de ces trois concepts.

La Bible imprimée et sa Réforme

Cet article présente un court aperçu de l’histoire de l’impression de la Bible en allemand et en anglais à l’aube de la Réforme. En mettant en contraste la situation dans le Saint-Empire romain germanique et celle de l’Angleterre au début du XVIe siècle, l’article fait valoir que, bien que leurs textes soient très proches les uns des autres sur un plan linguistique, la Bible anglaise et son homologue allemande ont un destin très différent durant la première période réformatrice, pour des raisons historiques, politiques et personnelles.

Entre canon(s) et textes bibliques. Que traduire ?

Des livres nommés par leurs seuls titres et énumérés dans des listes appelées canons, livres écrits d’abord séparément puis progressivement groupés dans des codices et plus tard tous ensemble, Ancien et Nouveau Testament, dans des pandectes, telle est l’histoire physique du canon (suivie ici uniquement chez les Latins). Les titres des livres sont peu explicites (Jérémie, Esdras), ce qui va entraîner des variations dans le contenu des bibles. Les responsables des scriptoria ont eu à choisir les textes, de préférence les traductions de Jérôme sur l’hébreu sous les Carolingiens. Le canon, plus ou moins stable, va tendre à la normalisation des textes copiés. Il fallait choisir entre les textes latins. Désormais il va falloir choisir entre les textes à traduire. La Réforme ne retient pas les livres de l’Ancien Testament transmis seulement en grec. Les catholiques, à partir de Trente et surtout de l’édition Sixto-Clémentine (1592-1593) vont exclure quelques livres présents dans presque toutes les bibles du XVe et XVIe siècle. Les traductions imprimées reflètent ces choix différents. D’où quelques réflexions sur le statut d’une

De la Septante à la Vulgate. Les traducteurs face au texte biblique

Les premiers traducteurs de la Septante n’avaient probablement aucun modèle de traduction auquel se référer pour traduire un corpus comme la Torah. Quels choix ont-ils opérés ? Ces choix ont-ils été suivis par les traducteurs des livres suivants, puis par les Africains qui, au IIe s. de l’ère chrétienne, firent passer l’Ancien et le Nouveau Testament du grec en latin ? Quelles options sont solidaires du choix effectué par saint Jérôme de revenir à l’hebraica veritas ? Telles sont les questions auxquelles les pages qui suivent voudraient répondre.

Le désir de comprendre et la pulsion traduisante. L’herméneutique face à la traductologie

Contrairement à ce qu’on a pu soupçonner parfois, l’herméneutique, c’est à dire « la théorie des opérations de la compréhension dans leur rapport avec l’interprétation des textes » et la traductologie ne sauraient être mises en concurrence, parce que, de part et d’autre, il s’agit du rapport natif entre une expérience irréductible à un savoir de la réflexion sur celle-ci. La compréhension, tout comme la traduction est sujet et objet d’un savoir propre. On peut dès lors transférer à l’herméneutique les deux formules directrices par lesquelles Antoine Berman définit le travail du traducteur : « l’épreuve de l’étranger » et « l’auberge du lointain », ce qui revient à se demander si l’herméneutique, tout comme la traductologie, n’a pas besoin d’une analytique pour mener son projet à bien.

Éditorial (106/1 – 2018)

Depuis l’Antiquité, la nécessité de traduire la Bible s’est imposée aux communautés croyantes. Considérée comme la parole divine inspirée, elle devait, à leurs yeux, être accessible à tout croyant, quelle que soit sa langue : grec, araméen, syriaque, latin, etc.

Éditorial (105/4 – 2017)

 LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE IMPACT SUR LA THÉOLOGIE La Première Guerre mondiale marque, dans l’histoire européenne, « une coupure décisive aux effets irréversibles » (René Rémond). Les conséquences politiques et sociales furent certes importantes, mais les répliques religieuses de ce séisme ne se sont pas avérées moins fortes ni moins déterminantes. Cette guerre fut « une guerre qui mobilisa les religions et les Églises, qui engagea clercs et fidèles, qui interrogea foi et ferveurs » (Frédéric Gugelot). On peut dire après coup, utilisant une image, que de multiples fils de la politique et de la culture européennes se sont alors subitement noués en un écheveau inextricable, obligeant le continent à se confronter avec sa propre histoire selon des contradictions depuis longtemps accumulées. Et ce fut un christianisme qui, tant du côté allemand que du côté des alliés, se laissa instrumentaliser par le patriotisme et le nationalisme, légitimant, voire sacralisant la guerre. Les confessionnalismes catholiques, protestants, russes orthodoxes, fondés sur une osmose entre la culture et la foi, commencèrent par nier leurs solidarités transfrontalières, pour entrer, au plan national, dans