Luther et la théologie luthérienne dans le mouvement oecuménique

Luther et la théologie luthérienne sont deux choses bien distinctes, et doivent l’être plus encore dans un âge oecuménique. Les simplifications du confessionnalisme ont laissé la place à un travail de reconstruction critique, à la fois entre Églises luthériennes séparées par des divisions, entre Églises de la Réforme, ou dans le cadre du dialogue luthérien-catholique. De remarquables acquis méthodiques ainsi que thématiques ont été atteints, ouvrant la voie à des communions ecclésiales. Comment faut-il aborder les points d’achoppement qui demeurent ?

Église catholique, réforme et méthodologie oecuménique

La méthodologie du consensus différencié, mise en œuvre dans le dialogue luthéro-catholique, a permis d’obtenir un accord historique sur la justification. Elle a d’ores et déjà pu être appliquée à d’autres sujets. Elle ne saurait toutefois être considérée comme la voie unique dans le processus de recomposition de l’unité. Une meilleure articulation avec la notion de réforme permet de mettre en évidence ce que l’interpellation luthérienne garde d’actuel, sans pour autant figer le débat à un stade historique de cimentation des différences confessionnelles.

Luther d’après les recherches récentes

Université de Strasbourg Luther a repris les dogmes de l’Église ancienne et s’est inspiré des Pères de l’Église ancienne ainsi que des écrits de la mystique rhénane et de la théologie de la piété du XVe siècle, tout en les jugeant à l’aune de l’Écriture sainte qui est, pour lui, l’autorité principale. Dans ses premiers cours, il souligne que la justice de Dieu annoncée par l’Évangile est une justice miséricordieuse. C’est de cette justice que le croyant, malgré son péché, peut vivre. En 1517 ses 95 thèses critiquent la pratique des indulgences. Il qualifie le pape d’Antichrist et en appelle au concile et aux autorités temporelles de l’Empire. Il n’admet plus que deux sacrements, proclame le sacerdoce universel de tous les chrétiens et se résout à la mise en place d’Églises évangéliques distinctes de l’Église romaine, desservies par des pasteurs mariés et célébrant le culte dans la langue du peuple. L’article présente la démarche et les affirmations théologiques de Luther,

Nomination de Dieu, invocation de Dieu. Une typologie des manières de s’adresser à Dieu dans la Bible

Il est proposé de postuler qu’aux figures plurielles d’un soi répondant à l’appel divin polymorphe correspondent des manières de s’adresser à Dieu : à une identité fondée correspondrait la louange, à une identité ébranlée la supplication et à une identité à la fois singularisée et universalisée la confession. L’hypothèse sert de mode opératoire pour un sujet dont le traitement pourrait courir le risque de demeurer descriptif. Ces manières mêmes de s’adresser à Dieu sont révélatrices de Celui qui en est le destinataire, de sorte que s’impose encore l’interrogation de la nomination de Dieu. On évitera de simplifier le propos en soulignant la perméabilité et la circularité des catégories.

Le rapport à Dieu dans la liturgie

Comment s’adresse-t-on à Dieu dans la célébration eucharistique ? Comment la relation à l’humanité envers Dieu et de Dieu envers l’humanité y est-elle qualifiée et interprétée ? Il ne va pas de soi qu’on lise l’Ordo Missae comme une vraie source théologique. Or, la liturgie en tant que doxologie primaire au sens que lui donne Jean-Yves Lacoste dans son dictionnaire de théologie, nous invite à reconsidérer nos théologies usuelles, exercice toujours trop rare. La liturgie invite et incite à reconsidérer notre idée d’orthodoxie : d’abord une juste louange, ensuite l’exactitude doctrinale. L’auteur nous propose cette réflexion selon une méthodologie consistant en une lecture approfondie et une analyse sémantique de l’Ordo Missae dans la plus récente version latine du Missel Romain.

Pouvons-nous nous adresser à Dieu ? Et si oui, que faisons-nous ?

La prière est un phénomène étonnant. Les uns y tiennent de tout cœur, les autres la prennent pour un acte de superstition. L’auteur s’intéresse au mode spécifique de parler qui caractérise la prière. Qui prie, à vrai dire ? Seulement celui qui s’adresse à Dieu, ou – avec lui – aussi celui à qui la prière est adressée ? En s’engageant sur cette piste, des questions diverses, comme celle de la possibilité (ou impossibilité) de la prière, de son exaucement (ou non), de son caractère illusoire (ou non) rencontrent des réponses imprévues. Que faisons-nous avec nos paroles, et nos paroles, que font-elles de nous, quand nous prions ?

L’adresse à Dieu dans la mystique chrétienne

Dans la tradition chrétienne, l’expérience mystique porte « l’Adresse à Dieu » jusqu’à ses extrêmes limites. Les modes de la purification sont pluriels : le dénuement radical dans les spiritualités du désert, la voie de négation – nuit obscure, ou encore l’abandon comme ampleur de l’amour et du service. Ces attitudes extrêmes, repérées en divers moments de l’histoire mais liées entre elles et toujours signifiantes, manifestent des dimensions essentielles à une affirmation de Dieu enracinée dans un acte de la liberté : l’expérience, la nomination, le silence, l’interrogation. Elles en renouvellent le langage.

« Le numéro que vous avez demandé n’est pas attribué »

Pour s’adresser à Dieu, il faut le connaître. Cette thèse qui suppose qu’il faut avoir la maîtrise de l’adresse de la prière peut recevoir quelques objections. Reprenant l’ensemble du dossier et des contributions du colloque, l’article s’interroge sur l’adresse à Dieu comme tout-autre, celui qui est sans adresse connue mais pourtant que l’on peut appeler à l’aide et à qui l’on peut dire « qui est à l’appareil ? » L’adresse à Dieu comme tout-autre renvoie à l’adresse à tout autre, à notre écoute des appels qui nous sont adressés. La paternité de Dieu ne saurait être séparée de la fraternité ou la sororité de celles et ceux qui nous sont proches.

La Collection « Théologie » (1944-1972)

Université Lumière – Lyon 2 Pour peu qu’elle soit effectivement dirigée, une collection est plus que la somme des ouvrages qu’elle publie. Sa maquette, débattue avec l’éditeur, lui donne certes une allure aisément reconnaissable qui vise à fidéliser le lecteur. Mais elle n’est pas seulement un produit de librairie. Elle a sa vie propre, avec une naissance plus ou moins aisée et des accidents de parcours qui en commandent la longévité : autrement dit une histoire riche de renseignements sur le milieu dont elle est issue. Cette histoire dépend surtout de l’orientation qui lui est donnée et qui commande son insertion dans le débat intellectuel ou littéraire de son temps. La collection devrait donc être partie prenante, et de l’histoire de l’édition, et de l’histoire des idées ou des styles. Or tel n’est guère le cas. Peu nombreuses sont en effet les monographies de collections, alors qu’une histoire de l’édition en plein essor multiplie les monographies d’éditeurs. Comme l’édition religieuse reste le

Le deuil mystique

Université de Lausanne Et maintenant, Seigneur, c’est déjà du passé, et avec le temps ma blessure s’est adoucie. Puis-je apprendre de toi qui es Vérité et appliquer l’oreille à ta bouche pour que tu me le dises, pourquoi les larmes sont douces aux malheureux, ou bien, quoique tu sois partout présent, as-tu rejeté loin de toi notre malheureux, et demeures-tu en toi, tandis que nous roulons dans les épreuves ? Et pourtant, si nous ne pleurions pas à tes oreilles, il ne resterait rien de notre espérance. D’où vient donc que sur l’amertume de la vie on cueille un fruit suave : gémir, pleurer, soupirer et se plaindre ? Y aurait-il là de la douceur, parce que nous espérons que tu entends ? C’est bien ainsi que les prières qui impliquent en effet le désir de parvenir au but mais dans la douleur d’une perte et dans le deuil où j’étais alors plongé (num in dolore amissae rei et luctu, quo tunc operiebar) […] ?