La réception du concile Vatican II entre théologie et histoire

La controverse nouée en 2005 entre théologiens et historiens, autour de l’analyse du concile Vatican II comme événement ou comme texte du genre littéraire « constitutionnel », relève d’une histoire intellectuelle. Mais elle participe aussi d’une histoire du catholicisme contemporain marquée par les débats qui se succèdent sur la façon de mettre en œuvre l’aggiornamento. Si la majorité des protagonistes a le souci de donner toute sa validité à un concile vécu comme « de transition » et « pastoral », les uns en font une lecture conservatrice, l’inscrivant dans le prolongement de Vatican I et d’un catholicisme intransigeant, critique de la modernité ; les autres soulignent son caractère radicalement innovateur, tout en relisant à partir des textes conciliaires l’ensemble de l’histoire de la révélation à travers la notion de « signes des temps ». La réception conciliaire devient ainsi un observatoire privilégié pour comprendre l’histoire d’un catholicisme qui se mondialise, dans le contexte d’un écart qui s’approfondit entre le magistère romain et l’évolution des mœurs.

Faire une histoire du catholicisme en Europe

En Europe, l’histoire du catholicisme fut longtemps une histoire de l’Église à but apologétique, auxiliaire de la théologie, et soumise au magistère. Sa prise d’autonomie, à des degrés différents selon les pays, a permis l’émergence d’une histoire religieuse qui, dans une histoire « en miettes », est encore hantée par la nécessaire déconfessionnalisation de ses approches, de ses thèmes et de ses chercheurs. Elle peut y répondre par une exigence de neutralité, l’extension du domaine des recherches, l’attention aux autres sciences sociales et ainsi revendiquer d’être un pan à part entière de l’histoire générale.

Conclusion – Actes du 27e colloque des RSR

Il n’est pas exagéré d’affirmer que les Actes qu’on vient de lire marquent un seuil dans la réception de l’œuvre de Karl Rahner en francophonie. Il y a au moins quatre conditions essentielles permettant une telle réception. Elles ont été mentionnées dans les contributions de Benoît Bourgine et de Philip Endean ; sur un plan plus universel, elles ont été abordées dans les articles d’Albert Raffelt et de Klaus Vechtel, qui figurent dans le numéro préparatoire (RSR 108/3 [2020], p. 361-404). Les rassembler, pour finir, et les détailler peu ou prou permet de réfléchir aux rapports que nous entretenons plus globalement aux théologiens marquants de la deuxième moitié du XXe siècle et d’ouvrir quelques pistes de recherche pour l’avenir.

Karl Rahner et l’œcuménisme : un plaidoyer pour l’audace

L’engagement et le souci œcuméniques de Karl Rahner ne sont plus à démontrer. Il demeure toutefois intéressant et important d’en préciser les contours, au fil d’une œuvre où le thème de la grâce représente une sorte de fil rouge tout sauf marginal. La présente contribution s’attache à trois aspects de cette œuvre, à savoir la question du thème ou de l’objet même de la théologie, la question de la grâce incréée et créée, et enfin les audacieuses thèses de Rahner et de Fries sur l’unification des chrétiens.

La fécondité philosophique du « soubassement » transcendantal de la théologie de Rahner

L’acte philosophique, tel qu’il est convoqué par la manière dont Rahner fait de la théologie : tel sera le champ exploré. L’enjeu en paraît actuel, car il interroge le mode de présence du discours théologique dans l’ensemble des discours rendant compte de l’homme et de ses visions du monde. Des débats récents et non encore dépassés s’en trouvent convoqués, comme les clivages du début du XXe siècle à propos de la méthode d’immanence, ou le destin du transcendantal dans la philosophie contemporaine.

Être et sujet. Pour une interprétation non immanentiste de leur corrélation

Pour vérifier la force d’inspiration de la pensée rahnérienne, l’article examine l’élément philosophique considéré comme une présupposition transcendantale au sein du discours théologique. En discutant l’accusation d’immanentisme que Cornelio Fabro adresse au Vorgriff rahnérien, on peut atteindre l’ « intentio profundior » de Rahner et montrer comment la question ontologique est d’emblée considérée comme question anthropologique. Pour surmonter une conception de la vérité, comprise comme a priori de  l’autoréalisation du sujet, on doit reconnaître le rôle constitutif du dynamisme de la liberté dans l’accès effectif à l’être. Sur cette base, sera esquissé le caractère événementiel de la vérité, donc de son historicité.

Transcendantal, catégorial et expérience de la grâce

Cet article interroge l’évidence avec laquelle on parle de l’importance du transcendantal dans la théologie de Karl Rahner. Il défend la thèse selon laquelle les références philosophiques, réelles, ne doivent pas masquer l’usage théologique qui en est fait. On distingue trois usages du concept « transcendantal » chez Rahner, et l’on discute surtout le sens dans lequel il forme un couple avec « catégorial ».

Les sacrements et l’Église-sacrement

Les écrits de Rahner sur les sacrements et sur l’Église témoignent d’une attention aiguë aux questions pastorales de son temps. À travers les réponses données à celles-ci, ils reflètent surtout quelques orientations essentielles que l’article s’efforce de mettre en évidence. Parmi les thèmes centraux figure celui de l’Église comme sacrement. Les objections que ce thème a suscitées sont à entendre, mais ne doivent pas empêcher de retrouver, en amont des débats sur la sacramentalité de l’Église, les vues profondes de Rahner sur la Parole sacramentelle et sur le symbolisme sacramentel. Sans doute est-ce à cette condition que l’on peut au mieux éprouver la puissance d’inspiration dont la théologie rahnérienne est porteuse à propos de l’Église et des sacrements – une théologie qui est à comprendre avant tout comme une théologie de la grâce et de son incarnation dans l’histoire du monde.

La théologie rahnérienne de la grâce et « L’Église et les autres »

Le travail théologique de Rahner a accompagné Vatican II dans son changement de regard sur les autres religions. L’originalité de Rahner a été de dire comment des hommes peuvent être sauvés en dehors d’une foi explicite au Christ. Ce comment est fondé dans sa théologie de la grâce : tout être humain est destinataire de l’offre de la grâce divine, et reçoit la capacité de s’y ouvrir.

Incarnation et Grâce

Par la façon dont il unit l’anthropologie à la christologie, Karl Rahner invite à considérer l’ensemble de la création et du salut dans un même mouvement. Il s’agit toujours, dans sa théologie, de cette « violence inouïe de l’amour de Dieu » qui s’offre à l’histoire, et de la libre volonté de l’homme qui, par grâce, souvent, s’y allie. Par union entre l’amour qu’est Dieu et la libre détermination de soi qu’est l’homme se construit tout ce qui vit véritablement et tout ce qui demeure – le Christ lui-même. C’est là l’unique réalité qui vaille : l’incarnation de la grâce, qui forme l’histoire, selon le mouvement de l’Union hypostatique et la personne historique de Jésus-Christ. Le rapport de la grâce à l’incarnation dessine un centre interprétatif de la théologie de Karl Rahner et en permet une approche cohérente. La constance de ce fondement apparaît dans tous les textes du corpus. Rahner lui-même cerne et rappelle régulièrement l’audace de cette approche, dont la théologie contemporaine n’a