Bulletin d’anthropologie théologique (104/4 – 2016)

Université catholique de Lille – Faculté de théologie Le premier bulletin d’anthropologie théologique s’était ouvert par une présentation de la discipline et de ses subdivisions, suivie d’une recension spécialement approfondie de la Theologische Anthropologie de Thomas Pröpper (2011). Il s’était conclu par un questionnement sur la future réception de cette œuvre monumentale. Puisque plusieurs ouvrages recensés dans ce second bulletin y contribuent, le lecteur est invité à se reporter à ladite recension (RSR 101/2 [2013]) et à l’article sur « Grâce et liberté » (RSR 102/1 [2014]) dans lequel elle a été complétée. Dans les pages qui suivent, il sera fait plusieurs fois référence à l’ontologie structurale que, sous autant de variantes, trois philosophes ont élaborée dans les dernières décennies, en opposition déclarée à l’ontologie classique de la substance. Ces réflexions, quoique pénétrantes, créatives et particulièrement propices au renouvellement de la pensée métaphysique en théologie, sont peu connues en France. En voici donc une évocation synthétique. Elles furent proposées successivement par le grand philosophe

Bulletin de théologie systématique (1) : Jésus-Christ (104/4 – 2016)

, Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris Ayant été chargé depuis 2007 de deux Bulletins critiques de théologie systématique sous l’unique titre « Jésus – Christ, Dieu – Trinité », un nouveau découpage fait que l’auteur recense désormais les travaux de christologie, laissant les ouvrages de théologie trinitaire à Vincent Holzer. Qu’il soit vivement remercié d’avoir accepté cette tâche. I. Jésus et l’Église naissante 1. Jean-Noël Aletti, Jésus, une vie à raconter. Essai sur le genre littéraire des évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc, Lessius, Namur, 2016, 155 p. 2. Jacques Schlosser, Le groupe des Douze. Les lueurs de l’histoire, Éd. du Cerf, Paris, 2014, 119 p. 3. Armand Puig I Tàrrech, Jésus. Une biographie historique, DDB, Paris, 2016, 837 p. 4. José Antonio Pagola, Jésus. Approche historique, Éd. du Cerf, Paris, 2012, 543 p. 5. John Shelby Spong, Jésus pour le XXIe siècle, Karthala, Paris, 2014, 328 p. 6. Gerhard Lohfink, Gesù di Nazaret. Cosa volle – Chi fu, Queriniana, Brescia, 2014,

Un développement spirituel vers une nouvelle naissance à tout âge

Il n’y a pas d’âge pour la catéchèse et les sacrements ! Le brouillage sociologique des âges de la vie provoque la pratique ecclésiale à mobiliser des ressources pastorales et catéchétiques pour accompagner la croissance intérieure vers l’engendrement de l’homme nouveau. Le modèle du catéchuménat, avec ses seuils individuels et communautaires et sa pédagogie d’initiation intergénérationnelle, peut s’appliquer aux différents moments de la maturité de l’existence et permettre à chacun(e), selon une catéchèse de cheminement, de trouver son identité humaine et spirituelle (son « ipséité », dirait P. Ricœur).

« Vivre dans le temps présent avec réserve, justice et piété » (Tt.*), peut-il être désirable ?

À partir de la recommandation de l’auteur de la lettre à Tite, l’article, après avoir reparcouru la réélaboration théologique contemporaine autour d’une christologie eschatologique conduisant in fine à la notion de réserve eschatologique, examine la notion de réserve comme une attitude qui peut renouveler toutes les relations de la vie et permettre de mettre l’accent sur des notions anthropologiques tel que la perte, la fraternité, la vocation, en lien avec les conseils évangéliques.

L’ancienneté dans les premières communautés chrétiennes

Quand se constituent les premières communautés chrétiennes, le presbytérat, expression et institutionnalisation du principe d’ancienneté, apparaît alors comme une structure transversale aux milieux grec et juif et non pas seulement comme un modèle hérité de la Bible. Le concept d’ « Ancien », distinct de celui de « vieillard », est relatif puisqu’il repose sur une bipolarisation et l’opposition entre les Jeunes et les Anciens. Il correspond davantage à une génération qu’à une classe d’âge précise et fournit un modèle sociétal qui privilégie l’autorité et l’expérience. La question de l’antagonisme des générations est un lieu commun de la pensée grecque. L’examen des réalités du christianisme primitif montre le principe d’ancienneté y a joué le même rôle que dans les autres communautés antiques, générant sans doute des conflits analogues. L’originalité des églises est d’avoir fait évoluer le presbytéros d’une figure d’autorité à une figure constitutive de la tradition.

Éditorial (104/4)

Les âges de la vie. Crise des représentations et enjeux théologiques Est-ce le signe d’une mutation du discours de l’Église ? Dans les chapitres 6 et 7 de la récente Exhortation apostolique Amoris laetitia (2016), qui portent respectivement sur la pastorale familiale et l’éducation des enfants se dessine, pour la première fois, une théologie des âges de la vie. La mettre en œuvre ne s’impose pas seulement parce qu’à l’instar de son fondateur, l’Église et ses acteurs pastoraux doivent se rendre proches des itinéraires humains – le pape François rappelle habilement une formule oubliée de saint Thomas : « Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient » (Amoris laetitia, 304) – ; une telle théologie est aussi appelée par les transformations radicales de nos sociétés qui refluent sur l’ensemble de nos existences et les étapes de vie que nous parcourrons. > Lire la suite

Le construit-déconstruit des âges de la vie

Le concept d’âges de la vie est un construit social qui a connu des développements divers au cours des siècles. Les mutations contemporaines (augmentation de l’espérance de vie, technologisation de l’existence, morcellement du travail professionnel, mobilités, recomposition des familles…), transforment et remodèlent la segmentation de l’existence. L’auteur propose un état des lieux identifiant quelques-unes des ruptures récentes les plus significatives, avec leurs conséquences paradoxales : brouillage des âges, lutte des âges, solidarité intergénérationnelle, déconstruction et recomposition des segments du cycle de vie, reconfiguration des rôles… pouvant faire préférer l’idée de parcours de vie à celle d’âge de la vie. L’auteur discute enfin du rôle et de la place de la théologie chrétienne dans ces évolutions et en particulier à l’aune des promesses transhumanistes qui ne manquent pas de l’interpeler.

Bulletin de théologie morale (104/3 – 2016)

Alain Thomasset, Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris Philippe Bordeyne, Institut catholique de Paris – Theologicum Catherine Fino, Institut catholique de Paris – Theologicum Notre équipe du bulletin de théologie morale change un peu de visage puisque Geneviève Médevielle a cédé la place à Catherine Fino qui avait déjà participé à ce bulletin de manière ponctuelle les années passées. C’est l’occasion de remercier vivement Geneviève Médevielle de son fidèle engagement dans ce travail de recension critique et d’accueillir Catherine Fino qui a accepté de rejoindre notre équipe. Le présent bulletin vise toujours à présenter des ouvrages de théologie morale fondamentale, sans pouvoir rendre compte, sauf exception, des multiples travaux dans les domaines variés plus spécialisés de l’éthique biomédicale, de l’éthique sexuelle ou de l’éthique sociale. Il cherche donc à examiner cette discipline tant dans son travail de fond concernant sa méthode et son rapport aux Écritures, à la Révélation, aux sciences humaines et de manière générale aux autres disciplines,

Bulletin de théologie fondamentale (104/3 – 2016)

Jean-Louis Souletie, Institut catholique de Paris Benoît Bourgine Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve Thérèse Andrevon Institut catholique de Paris Les bulletins de théologie fondamentale (TF) depuis 2005 divisent la matière entre les traités, les essais, (La révélation, RSR 2005 ; histoire de la discipline, RSR, 2008 ; l’historiographie, RSR, 2013) et les contextes (le contexte théologico-politique, RSR 2005 ; le contexte africain de la TF, RSR 2008 ; la postmodernité, RSR 2013). Cette partition indique que le cahier des charges de la discipline s’est déplacé d’une apologétique hâtive vis-à-vis de l’incroyance vers la portée universelle de l’événement du salut dans le contexte contemporain des sociétés pluri-religieuses. La TF s’est alors disséminée jusqu’aux jointures des objets de la dogmatique mais aussi de ceux de la théologie pastorale ou de celle des pratiques sociales et ecclésiales. Pour le dire avec K. Rahner, « le moment nous paraît venu d’élaborer une “théologie pratique”. […] Elle doit prendre pour objet toute la réalité actuelle de l’Église ; elle doit réexaminer fondamentalement la

De l’« An Deus sit » à l’« Ubi Deus est ». Esquisse pour une théologie de l’Adresse et de l’ invocation comme forme de connaissance

S’adresser à Dieu relève d’une expérience qui ne saurait être assimilée ou réduite à une détermination seconde de l’expérience religieuse, moins originaire que l’auto-surgissement de l’Idée de Dieu à la conscience. En théologie chrétienne, l’adresse et l’invocation offrent une particularité qui ne peut être ignorée, tant elle est solidaire de la constitution de l’objet de foi dans sa forme la plus originaire : l’annonce kérygmatique et ses formes très spécifiques de réalisation, qu’elles soient doxologiques, liturgiques ou parénétiques. Esquisser une théologie de l’ « Adresse » relève donc d’une démarche de théologie fondamentale intégrant le domaine de la foi trinitaire et requalifiant du même coup les catégories de la métaphysique qui servent à circonscrire le domaine et le champ de la présence de Dieu à toutes choses. Partir d’une théologie de l’« Adresse », c’est offrir la possibilité de sortir de la seule problématique de l’ubiquité divine pour envisager la question du « lieu » de Dieu (ubi Deus est) en y intégrant de facto et de jure la